vendredi 20 mai 2016

UNE VIE AVANT LA VIE






Il y a quelques jours, mon fils a effectué sa petite matinée d'intégration à l'école maternelle.

L'année prochaine, il rentre en petite section.
Il devient grand.
Je l'ai vu faire de grands efforts pour être ce grand garçon, qu'on attend de lui.
Il m'a laissé volontairement sa tétine, son doudou.
Il s'est éloigné et quand je lui ai dit que je partais, il m'a fait un signe de la main, avec le sourire.
A ce moment là, je me suis sentie à la fois admirative, et soulagée.
Il me montrait qu'il était prêt à ce nouveau changement dans sa vie.
Un grand garçon.

Le soir, à l'heure de la douche, mon fils me questionne. Il est dans une grande période de pourquoi.
Par exemple, il est content d'être un garçon. Apparemment, faire pipi debout, le réjouit. Et comme ses soeurs aimeraient bien aussi, mais....( Bon, on sait que c'est différent ;)), il en est d'autant plus satisfait.
Voilà un truc, qu'il peut faire et pas elles!
Par contre, ce qui le réjouit beaucoup moins, c'est cette histoire de lait dans les seins...
Comme il me questionnait sur la différence entre la poitrine de maman, et celle de papa, je lui avais expliqué que les mamans avaient une poitrine gonflée, car elles produisaient du lait pour le bébé.
Pas les papas.
Il était furieux. Lui aussi, voulait des seins qui donnent du lait!

Ce soir là, il me questionne sur les bébés dans le ventre.
Autre déception pour lui, un papa ne peut pas avoir de bébé dans son ventre...
Il me touche le ventre et me dit vouloir retourner dans mon ventre.
Et là, il me regarde et me sort :" Moi, étais bien dans ton ventre, maman."

Une drôle d'émotion m'a saisie le coeur...
Je sentais qu'il me disait là quelque chose d'important.
D'abord, et bien, que grandir, au fond, ça fait peur.
Et puis, que cette vie là, dans le ventre, était bonne.

Je ne lui ai pas dit, que c'était bien ou pas bien de penser cela.
J'ai accueilli ce que j'ai ressenti comme une espèce de nostalgie.
Et je lui ai répondu doucement, que moi, j'ai été heureuse de le voir, de le rencontrer enfin...
La soirée s'est poursuivie tranquillement.

Mais cet échange m'a plongée dans un questionnement existentiel.
On oublie.
On oublie qu'il y a eu cette vie là, avant notre naissance dans ce monde.
Une vie dans un ventre.
Une vie où nous avons connu autre chose que cette réalité.
Nos besoins organiques étaient comblés.
Et c'est étrange de se dire, que nous aurions pu passer ces neuf mois, comme dans un profond sommeil, mais, non, nous avons été éveillés. Nous avons bougé, joué, suçoté. Exploré, ressenti?
N'est ce pas mystérieux?
Nos sens en ont capté quelque chose. Notre cerveau en a inscrit une trace en nous.
Oui, il y a eu cette vie.
Une vie avant la Vie.
Et puis, nous l'avons quitté.
Nous sommes nés.

Et tout ce qui a pu être vécu, a été oublié.

Mais peut être pas tout à fait....
Peut être pas tout à fait.

Illustration: La réponse imprévue de René Magritte, 1932.
 


1 commentaires:

Chère Ameline,

c'est tellement beau cette reconnaissance de la vie avant la vie. un hommage à notre "vie aquatique" si douce.Vous savez, j'appelle le ventre de ma mère "ma maison orange". Car je crois me rappeler tout au fond de moi que dans mes derniers mois in utero je voyais à travers un réseau de petits traits sinueux comme des rivières une belle lumière orange, comme une sorte d'aurore perpétuelle. comme s'il nous était donné, à nous tous, de voir encore, de sentir encore avant de s'endormir le soir, la beauté, la plénitude de tous les commencements, de tous les "recommencements". je fais un voyage d'âme avec vous. j'aime tellement ces tout petits êtres qui flottent dans leur joli monde orangé-cuivré comme de petits cosmonautes. ce sont les êtres les plus mignons que je connaisse parmi les humains. Les tout-petits-petits-humains... Quand je pense qu'on a tous été comme ça à un moment de notre vie... C'est émouvant.
Cordialement,
Libellule

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