lundi 14 décembre 2015

CONTRE LA VIOLENCE ENTRE FRERES ET SOEURS : UN POT DE CONFITURE



Tout se passait bien pendant l'été.
Mes enfants jouaient ensemble, et réussissaient à s'entendre.
Deux mois passés tous les trois, à rire, se fâcher, se réconcilier dans la lumière des beaux jours.
Les voir être bien ensemble, me comblait de bonheur.

Mais avec la rentrée scolaire, les journées passées en collectivité, la fatigue, les devoirs, ils ont commencé à se montrer plus irritables, et surtout ils sont peu à peu rentrés dans une spirale de "je tape l'autre".
J'avais beau les séparer, les gronder, tenter de dialoguer, la spirale recommençait chaque jour.
Je te tape. Tu me tapes. On se tape et tout le monde finit en larmes, pleins de colère et de rancune.
Je répétais la règle: "On se respecte"
Je les poussais à reconnaître leur erreur, et à se demander mutuellement pardon.
Je finissais par leur demander de jouer chacun dans une pièce différente.
Au final, je réussissais à obtenir le retour au calme, mais je constatais aussi avec inquiétude que leur relation fraternelle en souffrait.
Et surtout, la situation se répétait malgré mes tentatives de conciliation.
L'ambiance n'était plus la même.

Il me fallait faire quelque chose. Mais quoi?
Il était exclu pour moi de les taper en retour. Ou de les mettre au coin.
J'essayais de ne pas trop crier, même si franchement, la moutarde me montait au nez.
De manière générale, j'évite autant que possible de punir mes enfants, seulement, vu la gravité des faits à mes yeux, je commençais à l'envisager.

Et puis, un soir, mon aînée a tapé son petit frère qui a répondu. Je les ai réprimandés. Ils se sont excusés mutuellement. Je venais à peine de quitter leur chambre, que de nouveau des cris ont retenti. Ils venaient encore de se taper! J'ai senti ma patience fondre comme neige au soleil.
Je les ai pris tous les trois en face à face.
"ça commence à bien faire! Je ne supporte plus que vous vous tapiez comme ça tout le temps. 
A chaque fois, les voir se faire mutuellement du mal, ravivait ma peur qu'ils deviennent vraiment violent plus tard. J'avais besoin d'être rassurée.
Puisque c'est comme ça...." 
Pas la moindre idée... Et puis mon regard s'est arrêté sur le pot de confiture vide qui traînait sur le plan de travail. Une idée m'est venue. Je m'en suis saisie et je suis allée chercher tous les marrons, coquillages et cailloux qu'ils me ramènent à la maison.
"Puisque c'est comme ça, ai je repris, à chaque fois que l'un de vous tapera, je mettrais pour toi un caillou, pour toi un marron et pour toi un coquillage dans ce pot de confiture! Si l'un d'entre vous atteint dix, ce sera punition! A la fin du mois, le pot sera vidé. Est ce clair?"

Bon, je tiens à préciser que mes enfants n'ont pas l'habitude d'être punis, et ils sont encore petits ( mon aînée a 6 ans et demi)
 
Bien-sûr, la question a été: quelle punition?
J'ai répondu honnêtement: "quelque chose qui ne vous fait pas plaisir du tout. J'en discuterais avec papa. Mais de toute façon, vous allez arrêter de vous taper, et vous ne serez pas punis."

J'ai placé le pot en évidence, de telle sorte que tous les jours ils le voient.
Et j'ai appliqué. Les premiers marrons, coquillages, cailloux, ils ont réagi avec pleurs et protestations. Quand le pot a commencé à se remplir, ils ont commencé à vraiment visualiser la possibilité d'une conséquence négative pour eux. 
J'ai délibérément refusé de dire quelle punition ce serait, parce que je n'en savais rien. A la place, je leur répondais: " je ne sais pas... A mon avis, il n'y aura pas de punition, puisque tu vas arrêter de taper"

Le premier mois, le pot s'est bien rempli, mais aucun de mes enfants n'a atteint dix.
Le deuxième mois, l'objectif avait changé pour eux: ils voulaient que le pot reste vide.
Le troisième mois, le pot est resté vide.

Ce pot de confiture les a aidé à casser le cercle vicieux de la violence fraternelle pour progressivement retirer de leurs habitudes les tapes et coups.
Car, la violence qu'ils ramenaient de l'extérieur était véritablement en train de devenir une habitude comportementale.
Et je suis contente, car, grâce au pot de confiture, j'ai pu éviter la punition, tout en leur faisant bien comprendre, de manière concrète et visuelle, que ce comportement violent n'était plus tolérable à la maison.

Mes enfants continuent de se chamailler. Parfois, ils se tapent. Et c'est normal. Ils sont encore dans l'apprentissage des règles sociales, du vivre ensemble, de ce qu'est respecter l'autre et l'intimité de l'autre. Cependant, il me semble qu'il faut rester vigilant à ce que ces débordements pulsionnels ne ternissent pas les relations entre eux. La violence a cette caractéristique d'être facile, et peut vite devenir une habitude.

Très certainement, il existe d'autres manières de conjurer la violence.
Menacer de punir, utiliser la peur pour faire cesser un comportement négatif n'est pas idéal...
Est ce que le pot de confiture et les coquillages, sans menace de punition aurait fonctionné? 
Je pense que oui, mais j'ai encore quelques mauvais réflexes : notamment celui-ci. 
Personnellement, ce pot m'a évité de répondre à la violence par la violence.
Cela m'a même permis de ne plus m'énerver. Le cadre était simple et clair: un coup =  un coquillage, caillou ou marron dans le pot de confiture. Point.
Je pouvais alors  prendre le recul nécessaire pour écouter le pourquoi du geste et éventuellement câliner si besoin.

Je ne sais toujours pas aujourd'hui quelle punition je mettrais en place si besoin... Je suis partie du principe, que je n'aurais pas à les punir, car ils avaient les ressources en eux pour y arriver.
Et c'est ce qui s'est produit.
J'en suis aujourd'hui soulagée. 


Illustration: photo du blog très sympa wonderful breihz


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