'ELARGIR SA BIENVEILLANCE

RALENTIS RESPIRE TOLÈRE EN TOI ACCUEILLE APPRENDS

NOTRE VERRE A MOITIE PLEIN

Je discutais donc. De notre façon de voir le monde, et à quel point notre filtre de perception pouvait influencer notre quotidien

ETRE MERE

Je sais que parfois, il est difficile de se vivre comme une mère. De remplir volontiers ses fonctions maternantes, d'écoute, de soutien, d'accompagnement... Je sais.

LIEN MERE-ENFANT

Lorsque l’on devient mère pour la première fois, nous sommes si fragiles, si pleines d’illusions et d’ignorance...

ASSEZ!

Intolérance. Critiques déguisées. Jugements gratuits. Injures et véhémences. Fermeture d’esprit. Rigidité. Égoïsme. Lâcheté. Indifférence.

lundi 27 avril 2015

MATIN


Matin de silence
Matin de vacuité émotionnelle.
Tel un battement d'aile. 

C'est étrange. Et bouleversant. 
Il me semble, la tête sur l'oreiller, me redécouvrir à chaque jour naissant. 

Mon cœur bat. Mon souffle est un murmure et mon regard s'attarde sous mes paupières closes. 
Lumière tamisée...

Une nuit m'a enveloppée. 
Et je n'en ressors jamais tout à fait indemne. 
Des désirs se sont exprimés, des angoisses ont murmuré et cette paix avant la vie est un ventre chaud et feutré.  Un repli temporaire ? 
Par heures ou par intermittence.
Abandon du corps. 
Ce que nous pensons, ce que nous ressentons, ce que nous exprimons ...
Que sont donc devenus ces points d'ancrage de notre conscience? 
Chaque nuit nous revenons à nos liens obscurs, ceux que l'on a soigneusement rangé  à l'abri de notre raison. 
Assouplir nos certitudes. 
Notre regard parfois si droit sur le monde. Il semble tout à coup que ce qui se veut vérité... Ondule...
Que cette vie ne peut être seuls mouvement et conscience, mais aussi repli et silence...
Existence de lumière et de poussière qu'une averse de rêve inonde.
Matière fluide et légère, source de vie Insaisissable...

Chaque nuit est un voyage dans notre intériorité, un retour à ce petit royaume secret, ce refuge de notre subjectivité.

Mes rêves ont le froissement des feuilles vertes
Ils ont le tressaillement des pétales en corolles à l'affleurement de mon souffle
Je me faufile dans leurs replis comme dans un coquillage entre ouvert..
Et lentement. A chaque mouvement... Je m'ouvre... Je danse sur un fil de songes, je virevolte dans un champ d'herbes folles. Je plonge. Je vole. Je flotte.
Jusqu'à ce que je comprenne.. 
Que je peux desserrer l'étau de mes connaissances, de mes ignorances.
Que je peux être, juste être.
Sans rien avoir à rechercher,ni à prouver. 
Se contenter d'être.
Dans cette joie océanique.
Un tel soulagement me comble alors...

La douceur de l'oreiller. 
Matin de coton. 
Chaque jour.
Naître en ce monde. 

Se glisser dans nos petits gestes habituels, ces rituels qui nous ancrent si fidèlement dans ce monde. S'en remettre à cette petite mécanique de l'éveil. 
Et chaque jour, 
être.
Juste accord. 

Illustration: Caspar David Friedrich, "Femme au coucher du soleil", 1918, Essen.

jeudi 16 avril 2015

ACTE DE COMPASSION



Ma cadette de 4 ans rentre un après-midi de l'école avec un hématome sur sa joue gauche.
Tout de suite inquiète, je lui demande ce qui s'est passé.

- C'est rien maman...., me répond elle, calmement.
- Non, ce n'est pas rien. Tu es toute rouge, tu dois avoir mal... Tu es tombée? On t'a tapé?

Elle hésite, puis m'avoue:

- C'est Léo.

Ce n'est pas la première fois que ce petit garçon la bouscule, mais cette fois-ci, vue l'hématome, je trouve qu'il est y est allé un peu fort. Je sens déjà ma colère affleurer. "Attend voir, Petit Léo, ça ne va pas se passer comme ça!..."

- Tu l'as dit à ta maîtresse?
- Non.

Ok. On va reprendre depuis le début....

- Qu'est ce qui s'est passé exactement?
- Ben, Léo voulait que je tape un petit dans la cour et j'ai pas voulu, alors il m'a cogné contre le mur.

Respire... Respire... Imaginer la tête de ma fille percuter le mur, imaginer la violence du geste et la douleur de mon enfant.... La colère est bien là.


-Pourquoi tu n'as rien dit à la maîtresse?!

- Ben, je me suis dit: si je le dis, elle va le gronder et il va pleurer. Et j'aime pas voir les autres pleurer, maman...

J'ai écarquillé les yeux. Je ne m'attendais pas à cette réponse.

- Mais....Et toi?
- Moi, je suis forte maman.

Mon coeur s'est serré d'émotion. Un mélange d'admiration pour son courage, de surprise, de peur aussi...Est-elle si forte qu'elle le pense? Et cette force, combien vont tenter de l'écraser?....

Ma fille a choisi de protéger son camarade malgré la violence de son geste, parce qu'elle ne supporte pas de voir les autres souffrir...
Anticipant la douleur d'un autre, elle a cherché à y remédier. Malgré la sienne.
A 4 ans.

Voici ce qu'est un acte de compassion.
Agir pour éviter à autrui de souffrir. Même si soi-même on souffre. Et peut être, parce que soi-même, on souffre et que l'on en connaît l’âpreté. Sans s'y noyer.

Le lendemain, elle jouait avec Léo.
Il ne s'est pas fait gronder.
En a t'il tiré une leçon?
Il sait maintenant qu'il ne peut pas manipuler ma fille. Il sait qu'elle est capable d'encaisser. Et de ne conserver aucune rancune.

mardi 7 avril 2015

ESSAYER ET RENONCER



Nécessaire renoncement?

Parfois, une idée émerge et l'esprit tourne autour.
Curieux, il en explore les différents aspects et c'est comme s'il ouvrait des fenêtres sur une lumière aux multiples facettes. L'esprit s'en nourrit.

Il arrive aussi que l'on devine ces fenêtres mais que l'on choisisse de maintenir les volets fermés.
Choisir l'ombre.
Choisir de maintenir une part de mystère.
Pour se protéger? Par humilité?

Il arrive aussi que l'on comprenne que certaines fenêtres resteront pour toujours fermées.
Non par choix, mais par incapacité.
Incapable.
Ne pas avoir les ressources pour
Ne pas être en mesure de...

On dit que certaines personnes, par peur d'échouer, choisissent de renoncer.
Ne pas prendre de risque, afin d'éviter de souffrir.
De manière objective, cette position est préjudiciable.

Mais lorsque l'on a souffert. Longtemps et intensément.
On sait l'effondrement.
Et oui, le renoncement devient une bouée de survie...
Je crois, que c'est ce que Seligman appelle l'impuissance apprise...

J'ai appris l'impuissance. Indéniablement.

Et je dois me battre chaque jour avec moi-même pour ne pas renoncer.
Renoncer à mes valeurs
Renoncer à mes aspirations
Renoncer à ce que ça représente dans ma vie....
A ma façon d'être dans ce monde si désabusé, si gorgé de lassitude, et d'ennui...

Mais je dois me battre aussi avec moi-même pour renoncer!
Un renoncement nécessaire.
Renoncer à tout comprendre, tout résoudre, à ouvrir toutes les fenêtres
Renoncer à avoir raison, à convaincre, à détenir LA vérité
Renoncer à pouvoir

Car je ne suis pas plus certaine qu'une autre personne
Je ne suis pas plus forte qu'une autre.
Et oui, je suis incapable.
Profondément et terriblement consciente de mes limites.

Il paraît que c'est rassurant de se dire que l'être humain n'est pas parfait
Certains même revendiquent l'imperfection
Personnellement je n'y entends qu'impuissance...
Une petite voix, persiflant à mon oreille : " A quoi bon... Puisque, ce ne sera jamais parfait...."

Alors, il me reste le mieux.
Oeuvrer à davantage.
Se battre pour faire plus.
Essayer encore.

Tyrannie de l'effort.
Ordinaire. Quotidien.

On regarde certains,

Se recroqueviller dans des discours appris,
S'enfermer dans la critique facile et la vision pondérée, distanciée, froide de la vie...
Et certains jours, on voudrait renoncer au mieux
Pour faire comme eux.

Tyrannie de l'humilité.
 Ordinaire. Quotidienne.

On regarde d'autres encore,
Se proclamer dans le vrai, enseigner des pseudos-vérités et se draper dans les vanités de l'esprit.
Comme eux, on souhaiterait tellement changer le monde et le créer selon nos souhaits!
En mieux?
Mais mieux pour qui? 
Pour nous? Pour eux? Pour la vie?

Oui. Certains jours, c'est dur.
Très dur.
D'y croire encore.
Et de faire cet effort
De distinguer
Ce qui est à essayer,
De ce qui est à renoncer.

Illustration: Marie de Béthanie, acte superbe d'humilité et de bravoure.

mercredi 1 avril 2015

COUP DE FOUDRE LITTERAIRE


Je me souviens encore de notre première rencontre...
Solitaire, j'aimais m'attarder dans cette librairie du boulevard Saint Germain.
Avant de rejoindre la rue des Saint Pères et mes études de médecine.
L'écume des pages
Comme aimantée par tous ces livres, je passais et repassais dans les allées, laissant courir mes doigts au grès du hasard.
Juste pour le plaisir de caresser quelques titres au passage, car à dix sept ans, je n'avais pas d'argent.
Parfois, quand il me restait quelques pièces, je m'achetais une carte postale, une peinture, une photographie que j'aimais glisser ensuite dans mes vieux romans.
C'est une petite manie que j'ai conservée ...
Et un jour, je suis tombée sur vous.
Votre couverture, tout d'abord, un dos de femme avec de longs cheveux en cascade
Et ce titre: "La femme à venir".
Votre nom enfin. Christian Bobin.
Albe,vous l'avez appelée.
Comment résister?
J'ai renoncé ce jour-là à comprendre. Je suis sortie de la librairie avec votre livre dans mon sac. Un inconnu venait de me l'offrir. La femme à venir....
Exactement ce que j'étais... Une jeune fille rêveuse, propulsée dans un univers scientifique qui ne lui convenait pas. Une jeune fille en fuite.
Avec vous dans mon sac, j'ai parcouru Paris
Avec vous j'ai quitté les livres raisonnables.
Il y eut Albe, puis Isabelle Bruges, puis la plongée ...
Dès la première page de votre roman, j'ai senti votre main prendre la mienne, et doucement me guider en dehors... Vous avez poussé la porte rouillée d'un vieux jardin secret et une pluie de lumière a inondé mon visage.
Comment avez-vous fait, magicien, pour m'accueillir dans votre roman et lentement m'initier à votre prose?
Je vous ai lu, comme je n'avais encore jamais lu.
Avec lenteur.
Avec douceur.
La première fois, l'histoire comptait, comme elle avait toujours compté pour moi.
Peu à peu, vous m'y avez fait renoncer.
Peu importait ce que vous racontiez, l'histoire d'une fleur, d'un poète, d'une promenade en forêt, je n'entendais plus que votre musicalité et certaines de vos phrases m'éblouissaient.

Cela fait dix sept ans que je vous lis.
Dix sept ans que mon coeur écoute vos mots.
Sans toujours les comprendre
Mais c'est un mystère que j'affectionne autant que les lumières de vos silences.
Je prête peu vos livres, car ils sont aussi les seuls sur lesquels j'aime écrire.
J'ai ce sentiment que dans vos livres, vous laissez une place pour les mots des autres.
Rare générosité pour un écrivain poète.
Avec vous, j'ai souri, j'ai ri, j'ai soupiré, j'ai pleuré, j'ai vibré, j'ai résonné,
Avec vous, je me suis ennuyée, je me suis endormie, j'ai sursauté, j'ai été agacée,
Avec vous j'ai vu et entendu, j'ai senti et goûté. J'ai touché l'ordinaire et la grâce dans une même phrase.
J'ai rêvé et raisonné,
J'ai prié et pardonné
J'ai aimé.

Alors, imaginez mon émotion, quand ma fille de cinq ans est venue me voir avec "l'homme-joie" dans ses mains.
-Maman, je veux que tu m'apprennes à lire ce livre.
- Pourquoi celui-ci? Il n'a pas d'image ma chérie...
- Oui, mais regarde, maman, il est écrit en lié. Là.

Ma fille, cette femme à venir, venait pour la première fois de m'exprimer son envie de lire quelque chose.
Vos mots, cher poète.
Vos mots écrits de votre main.
Vos mots liés.

Christian Bobin,
Vous êtes un magicien...

Illustration: Edouard Boubat, couverture de mon premier livre "La femme à venir"

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