'ELARGIR SA BIENVEILLANCE

RALENTIS RESPIRE TOLÈRE EN TOI ACCUEILLE APPRENDS

NOTRE VERRE A MOITIE PLEIN

Je discutais donc. De notre façon de voir le monde, et à quel point notre filtre de perception pouvait influencer notre quotidien

ETRE MERE

Je sais que parfois, il est difficile de se vivre comme une mère. De remplir volontiers ses fonctions maternantes, d'écoute, de soutien, d'accompagnement... Je sais.

LIEN MERE-ENFANT

Lorsque l’on devient mère pour la première fois, nous sommes si fragiles, si pleines d’illusions et d’ignorance...

ASSEZ!

Intolérance. Critiques déguisées. Jugements gratuits. Injures et véhémences. Fermeture d’esprit. Rigidité. Égoïsme. Lâcheté. Indifférence.

lundi 14 décembre 2015

CONTRE LA VIOLENCE ENTRE FRERES ET SOEURS : UN POT DE CONFITURE



Tout se passait bien pendant l'été.
Mes enfants jouaient ensemble, et réussissaient à s'entendre.
Deux mois passés tous les trois, à rire, se fâcher, se réconcilier dans la lumière des beaux jours.
Les voir être bien ensemble, me comblait de bonheur.

Mais avec la rentrée scolaire, les journées passées en collectivité, la fatigue, les devoirs, ils ont commencé à se montrer plus irritables, et surtout ils sont peu à peu rentrés dans une spirale de "je tape l'autre".
J'avais beau les séparer, les gronder, tenter de dialoguer, la spirale recommençait chaque jour.
Je te tape. Tu me tapes. On se tape et tout le monde finit en larmes, pleins de colère et de rancune.
Je répétais la règle: "On se respecte"
Je les poussais à reconnaître leur erreur, et à se demander mutuellement pardon.
Je finissais par leur demander de jouer chacun dans une pièce différente.
Au final, je réussissais à obtenir le retour au calme, mais je constatais aussi avec inquiétude que leur relation fraternelle en souffrait.
Et surtout, la situation se répétait malgré mes tentatives de conciliation.
L'ambiance n'était plus la même.

Il me fallait faire quelque chose. Mais quoi?
Il était exclu pour moi de les taper en retour. Ou de les mettre au coin.
J'essayais de ne pas trop crier, même si franchement, la moutarde me montait au nez.
De manière générale, j'évite autant que possible de punir mes enfants, seulement, vu la gravité des faits à mes yeux, je commençais à l'envisager.

Et puis, un soir, mon aînée a tapé son petit frère qui a répondu. Je les ai réprimandés. Ils se sont excusés mutuellement. Je venais à peine de quitter leur chambre, que de nouveau des cris ont retenti. Ils venaient encore de se taper! J'ai senti ma patience fondre comme neige au soleil.
Je les ai pris tous les trois en face à face.
"ça commence à bien faire! Je ne supporte plus que vous vous tapiez comme ça tout le temps. 
A chaque fois, les voir se faire mutuellement du mal, ravivait ma peur qu'ils deviennent vraiment violent plus tard. J'avais besoin d'être rassurée.
Puisque c'est comme ça...." 
Pas la moindre idée... Et puis mon regard s'est arrêté sur le pot de confiture vide qui traînait sur le plan de travail. Une idée m'est venue. Je m'en suis saisie et je suis allée chercher tous les marrons, coquillages et cailloux qu'ils me ramènent à la maison.
"Puisque c'est comme ça, ai je repris, à chaque fois que l'un de vous tapera, je mettrais pour toi un caillou, pour toi un marron et pour toi un coquillage dans ce pot de confiture! Si l'un d'entre vous atteint dix, ce sera punition! A la fin du mois, le pot sera vidé. Est ce clair?"

Bon, je tiens à préciser que mes enfants n'ont pas l'habitude d'être punis, et ils sont encore petits ( mon aînée a 6 ans et demi)
 
Bien-sûr, la question a été: quelle punition?
J'ai répondu honnêtement: "quelque chose qui ne vous fait pas plaisir du tout. J'en discuterais avec papa. Mais de toute façon, vous allez arrêter de vous taper, et vous ne serez pas punis."

J'ai placé le pot en évidence, de telle sorte que tous les jours ils le voient.
Et j'ai appliqué. Les premiers marrons, coquillages, cailloux, ils ont réagi avec pleurs et protestations. Quand le pot a commencé à se remplir, ils ont commencé à vraiment visualiser la possibilité d'une conséquence négative pour eux. 
J'ai délibérément refusé de dire quelle punition ce serait, parce que je n'en savais rien. A la place, je leur répondais: " je ne sais pas... A mon avis, il n'y aura pas de punition, puisque tu vas arrêter de taper"

Le premier mois, le pot s'est bien rempli, mais aucun de mes enfants n'a atteint dix.
Le deuxième mois, l'objectif avait changé pour eux: ils voulaient que le pot reste vide.
Le troisième mois, le pot est resté vide.

Ce pot de confiture les a aidé à casser le cercle vicieux de la violence fraternelle pour progressivement retirer de leurs habitudes les tapes et coups.
Car, la violence qu'ils ramenaient de l'extérieur était véritablement en train de devenir une habitude comportementale.
Et je suis contente, car, grâce au pot de confiture, j'ai pu éviter la punition, tout en leur faisant bien comprendre, de manière concrète et visuelle, que ce comportement violent n'était plus tolérable à la maison.

Mes enfants continuent de se chamailler. Parfois, ils se tapent. Et c'est normal. Ils sont encore dans l'apprentissage des règles sociales, du vivre ensemble, de ce qu'est respecter l'autre et l'intimité de l'autre. Cependant, il me semble qu'il faut rester vigilant à ce que ces débordements pulsionnels ne ternissent pas les relations entre eux. La violence a cette caractéristique d'être facile, et peut vite devenir une habitude.

Très certainement, il existe d'autres manières de conjurer la violence.
Menacer de punir, utiliser la peur pour faire cesser un comportement négatif n'est pas idéal...
Est ce que le pot de confiture et les coquillages, sans menace de punition aurait fonctionné? 
Je pense que oui, mais j'ai encore quelques mauvais réflexes : notamment celui-ci. 
Personnellement, ce pot m'a évité de répondre à la violence par la violence.
Cela m'a même permis de ne plus m'énerver. Le cadre était simple et clair: un coup =  un coquillage, caillou ou marron dans le pot de confiture. Point.
Je pouvais alors  prendre le recul nécessaire pour écouter le pourquoi du geste et éventuellement câliner si besoin.

Je ne sais toujours pas aujourd'hui quelle punition je mettrais en place si besoin... Je suis partie du principe, que je n'aurais pas à les punir, car ils avaient les ressources en eux pour y arriver.
Et c'est ce qui s'est produit.
J'en suis aujourd'hui soulagée. 


Illustration: photo du blog très sympa wonderful breihz


jeudi 3 décembre 2015

CONTRE L'ANGOISSE DE SEPARATION: UN PETIT COEUR


Cette année, mon fils de deux ans et demi est rentré pour la première fois en crèche.
Première expérience en collectivité
Première vraie séparation avec maman.

Bien-sûr, il avait visité la crèche avant la rentrée.
Bien-sûr, j'ai beaucoup parlé de ce changement avec lui.
Tout d'abord, en lui racontant par anticipation tout ce que la crèche allait lui apporter de positif: des nouveaux amis, des activités nouvelles, ...
Nous avons lu ensemble des livres traitant du sujet, vu des épisodes de dessin animés.

Ensuite, j'ai beaucoup insisté sur le bonheur que nous aurions à nous retrouver chaque soir et tout ce qu'on aurait à se raconter.

Les semaines d'adaptation se sont bien passées. Peu de larmes. J'ai été rassurée en constatant la douceur, la bienveillance et le professionnalisme de ses référentes.

Puis, le jour de la vraie séparation est arrivée.
Il l'a parfaitement compris et s'est mis à hurler.
Ce fut un vrai déchirement pour moi de le laisser dans cet état et de quitter les lieux.
Je m'en suis énormément voulu, remettant en question ma décision: pourquoi est ce que je lui imposais ça? Pourquoi est ce que je m'imposais ça?
J'avais beau me répéter que c'était bon pour lui et pour moi, ça ne suffisait pas à me consoler.


Car, en vérité, l'angoisse de séparation ne touche pas seulement l'enfant, mais aussi la mère!

Je me suis autorisée à pleurer, à vivre douloureusement cette séparation  aussi de mon côté.
Je me devais d'être au plus juste dans mon ressenti affectif.
J'étais triste. Il était triste. Nous étions angoissés d'être séparés.
Je lui ai dit des phrases tel que: "je sais que c'est difficile pour toi, que tu préfèrerais être avec moi, mais ici, tu peux être bien. Pour moi aussi c'est difficile, je préfèrerais être avec toi, mais je travaille. On se manque et on se retrouve. Après le goûter, je reviens te chercher."

Peu à peu, j'ai senti que mes émotions passaient, je m'apaisais.
De son côté, c'était plus long... Je l'ai vu faire des efforts, comme mon coeur a été touché!
Je me suis promise de lui faire confiance.
De laisser le temps au temps. De ne pas tout de suite suspecter un dysfonctionnement.
Cependant, je voulais aussi l'aider à se faire confiance.
Alors, j'ai cherché sur internet, une astuce, quelque chose qui puisse lui apporter un peu de consolation et j'ai trouvé cette idée du petit coeur.

Tous les matins, je lui dessine au stylo un coeur sur sa main et je lui fais plein de bisous dedans.
Je lui dis : "c'est le coeur de maman. Il est plein de bisous et d'amour pour toi. Quand tu es triste, regarde-le, ça te rappellera que je t'aime et que je suis avec toi."

Croyez-le ou non, ça a marché! Il a adoré voir ce petit coeur sur sa main, l'a pris très au sérieux, faisant attention à ne pas l'effacer quand il se lavait les mains. Il l'a montré fièrement à tout le monde.

Ce petit coeur l'a aidé à se séparer.
Pour lui, c'est un support visuel de l'amour de sa maman, qui, même si elle n'est pas là, l'accompagne dans son quotidien.
Rapidement, il a investi son groupe, les activités, les copains, les référentes.
Il est maintenant heureux et demandeur d'aller à la crèche.
Il s'y épanouit, progresse dans ses apprentissages.
Et toujours avec son petit coeur sur sa main.

Dernièrement, une éducatrice m'a confiée que c'était devenu une petite mode à la crèche, les autres enfants réclamant aussi à leurs parents leur petit coeur :)

La cerise sur le gâteau?
Rapidement, mon fils m'a demandé de me dessiner moi aussi un coeur sur la main, dans lequel il me met plein de bisous ( et mes filles aussi) :)) Alors, moi aussi, toute la journée, je me ballade avec un petit coeur, et quand je l'aperçois, il me rappelle l'amour de mes enfants, et à quel point ils sont formidables.

Si vous saviez comme un tout petit coeur sur une main, parce que vos enfants y mettent leur amour, peut illuminer votre journée!

Il me restait à le partager avec vous ici.
C'est chose faîte aujourd'hui :)

Belle journée!



jeudi 26 novembre 2015

QUEL MONDE ?



Après les attentats, spontanément, je crois avoir senti naître en moi un besoin de me protéger de ce monde extérieur effrayant et source d'horreurs.
L'avez-vous ressenti vous aussi?
Ce besoin de se recroqueviller sur son noyau familial, de se plonger dans ses petites routines quotidiennes rassurantes qui nous disent que la vie continue, que notre petit monde est toujours là.
Ce besoin de prendre des nouvelles des gens que l'on aime, de se câliner mutuellement, de retrouver du sens et de la cohérence à vivre dans ce monde un peu fou.

Et puis, j'ai observé mon esprit tenter un raisonnement, s'aventurer à rechercher une certaine logique à tout ça. Tenter de comprendre les agresseurs, comprendre les réactions de colères, comprendre la peur et la violence. Tenter aussi d'anticiper l'avenir.

Pour finalement me rendre compte que les circonstances, causes et conséquences de cette barbarie m'échappaient et continueraient à m'échapper. Que la vérité est multiple et mon point de vue ignorant.
Au fond, quelle action pouvais-je mener sur le monde?

C'est alors qu'une phrase de Djalâl-od-Dîn Rûmî m'a interpellée:

 "Hier, j'étais intelligent et je voulais changer le monde. Aujourd'hui, je suis sage et je me change moi-même."

C'est là que j'ai trouvé du sens, de la cohérence, et une possibilité d'action.
De ce monde, je suis un élément.
Petit élément, certes, mais au fond, le chantier en soi est si vaste!

Si je ne peux agir sur la violence du monde, peut être puis-je tenter de travailler sur ma propre violence?
Ai je des comportements violents? Des paroles violentes? Des pensées violentes?
Envers qui?
Ceux que j'aime? Ceux que je connais? Ceux que je cotoie? Les autres que je ne connais pas? Qui me font peur?
Et envers moi?

Oui. Le chantier est vaste.
C'est chaque jour, prendre conscience de cette part de violence qui existe en nous, qui s'exprime et fait du mal.
C'est chaque jour, fournir l'effort de se décentrer de cette pulsion agressive, et de cibler les pensées à l'origine pour les remettre en question. C'est choisir une autre façon de dire, de faire, de voir les autres, de se voir soi-même.
C'est chaque jour, reconnaître que ces mots-là, ce ton-là, ce geste-là ont pu blesser, et tenter de réparer.
C'est faire de son mieux, dans un mieux fluctuant, en constante évolution, pour voir se déployer en soi une façon d'être, une façon de faire en accord avec ces valeurs d'amour et de paix, que l'on souhaite tant voir fleurir dans l'avenir de nos enfants.

Ces valeurs, si belles, sont comme des fleurs délicates, épineuses.
Nous avons à les porter en nous, à les faire vivre en nous, afin qu'elles s'étendent dans nos âmes et se propagent chez nos enfants.

Certains jours, on y arrive mieux. Parfois, on échoue et on s'en veut.
C'est normal.
Qui a dit que le chemin serait plat et dégagé?
Un chantier demande de la persévérance et de la foi.
De la connaissance et de l'attention.

Chaque soir, en me couchant je repense à ces instants du jour qui font déjà parti de mon passé.
Je constate ce qui a été difficile, ce qui a été douloureux. Je gratte mes croyances afin d'y déterrer mes préjugés, je guette mes critiques, mes jugements, afin de les dénoncer. Puis, je prends le balai de l'Amour, et je m'active à pardonner. A me pardonner. Je sais que je ne suis plus celle d'hier, mais bien celle de maintenant. Que ce qui compte, c'est maintenant, à la lumière de ce que mes erreurs m'ont appris.
C'est alors,que, je tourne ma conscience vers ces instants de bonheur, de douceur, de paix vécues. Je me laisse à nouveau envahir par les émotions positives que j'ai pu vivre dans la journée et je remercie cette vie pour toutes ces grâces que j'ai pu cueillir au passage, humer, savourer, prolonger, partager.
Ma conscience s'abandonne, s'endort peu à peu , sous le parfums de ces fleurs, dont je conserve en mon coeur la caresse.

Et chaque matin, en me levant, je me plonge avec délice dans cette eau claire de la Conscience.
Je vis.
Ici et maintenant.
Le voici, mon miracle du jour!
Et tout en accomplissant mes petites routines matinales, je remercie la Vie pour toutes les grâces que cette nouvelle journée va m'offrir. Peu importe les soucis. Ils sont là, ils existent et seront traités, mais bon sang, comme il est doux de songer aux petits bonheurs que nous réserve cette journée..
J'ai en moi cette certitude que de petits cadeaux vont parsemer ma journée, et que si je reste attentive, je saurais les trouver et les ouvrir.
Et chaque jour, je les trouve! Pas tous, certainement, mais demain je ferai mieux.
Et quand je les ouvre, c'est le même émerveillement, la même joie dans mon coeur.

J'ai aussi en moi cette certitude que je peux en créer, quand par exemple, je réussis à vivre un instant de colère, de peur, d'émotions déplaisantes, à le traverser sans violence et à y mettre un peu de positif.
J'ai alors la sensation incroyable de voir d'une mauvaise graine fleurir une petite fleur blanche.
Elle est toute fragile, je me sens maladroite, mais elle est bien là et avec elle, mon monde s'embellit.

Le monde. Que savons-nous véritablement du monde?
Que croyons nous savoir?
Ce monde que je perçois, à l'instant où je vous écris, la connaissance que je peux en avoir, là maintenant, est elle la même que vous?
Savez-vous par exemple que les dinosaures n'ont pas disparu de la Terre?
Que les oiseaux sont des dinosaures?
Que les entrailles de la Terre cacheraient un gigantesque océan dont nous ignorons tout?
Que nous habitons un amas de galaxies appelé Laniakéa, c'est à dire "paradis incommensurable"?
Que la nature qui nous entoure, n'est pas qu'une simple ressource en matière première, mais une véritable bibliothèque, dont nous ignorons encore tant de choses! Partout dans ce monde, des scientifiques tentent de la déchiffrer, mais parce que nous pensons l'argent plus important que le savoir,  au lieu d'apprendre à la lire, nous continuons à la brûler...

Il n'existe pas un monde, mais bien des mondes.
Il n'existe pas un monde possible, mais une multitude de possibilités pour le monde à venir.

"Rien ne se perd. Rien ne se crée. Tout se transforme. " 

Tous, nous avons à porter notre monde, à le transformer, à l'embellir.
Car ce sont nos petits mondes qui influent par micro touches sur le monde en devenir...
Pensez-y.
C'est ici et maintenant.
Et c'est pour demain. 

 
Illustration: Edward Robert Hughes, peintre préraphaelite anglais



lundi 16 novembre 2015

RESISTANCE



Nous voici à l'heure du changement.
Nous le savons.
Au fond de nous, nous le savons tous.

J'en ai pris conscience le lendemain du massacre.
Quand mes enfants dans la douce lumière du matin se sont précipités dans mes bras pour me souhaiter mon anniversaire et que mon coeur a pleuré, tremblé et rit à la fois.
Quand ce même matin, dans cette même lumière, je les ai assis pour leur parler du terrorisme. De la haine meurtrière.
C'était la première fois.

Le changement est en marche et nous l'incarnons.
Dans ces mêmes gestes du quotidien, dans ces paroles échangées autour d'un café chaud, c'est là.
Dans les sourires braves des commerçants du marché, ce même sombre matin, c'était là...
Dans cette foule, présente, dans cette vie debout, je le vois.

Car qu'avons nous à opposer à cette folie sanguinaire?
Si ce n'est notre droiture de coeur et d'esprit...

Oui, vous faîtes de nous des cibles vivantes!
Au nom d'idées, d'idéaux?!!
Oui, la terreur, vous la soufflez sur la France...

Votre ombre voile nos lumières.
Oui.
Et nous pleurons.
Dans nos chairs, dans nos coeurs.
Nos enfants chéris, que vous massacrez...

Mais, ce que je sens. Et qui est là. Partout.
C'est un feu que vous ne pouvez plus arrêter!
Le feu de la résistance.

Nous utiliserons nos sourires, nos petits gestes fraternels pour faire éclore la joie, malgré vos balles.
Nous soutiendrons notre brassage interculturel, nos valeurs démocratiques, notre liberté d'expression, en dépit de vos menaces.
Plus vous chercherez à nous affaiblir, plus nous resterons debout, solidaires.
Votre haine renforcera nos convictions républicaines.
Et plus que jamais, nous allons aimer. Nous allons vivre!

Vois notre drapeau!
Entends notre prière!

Notre résistance est en marche...

Et c'est une lumière!



mardi 10 novembre 2015

PEUR DE L'ECHEC





Je crois, qu'en France, la peur de l'échec est tellement ancrée dans nos mémoires...
On vit un échec comme une faute grave. On en a peur.
Est ce parce que notre mémoire collective a connu l'invasion, la destruction, l'occupation pendant la guerre?

L'échec serait mêlé à un profond sentiment d'impuissance, de souffrance et de grande culpabilité?

L'histoire doit sans doute y jouer un rôle...
Mais quel fardeau pour les nouvelles générations !

Que transmettons-nous en pensant ainsi?
Qu'il est si grave d'échouer, qu'il vaut mieux ne pas essayer?

Alors, qu'ailleurs, on observe une manière de considérer l'échec différente.

Ailleurs, l'échec est vu comme une formidable possibilité d'apprentissage!

Aux Etats-Unis, par exemple, mentionner un échec sur son CV démontre la capacité d'entreprendre de l'individu.

- En France, un enfant tombe, on lui dit " je te l'avais bien dit "

( N'essaie pas, petit homme! Sinon, c'est l'échec, et l'échec, ... C'est horrible!...)

- Aux Etats-Unis, un enfant tombe, on lui dit " C'est bien! Tu as essayé!" 

( l'échec n'existe pas comme tel , il s'agit avant tout d'essai. Chez eux, c'est même le fait de ne pas avoir essayé, qui est perçu comme un échec!!)

Voyez comme une même notion, en fonction de notre mode d'interprétation ( positive ou négative), peut conditionner notre relation à l'échec...et notre vie.

Si on croit que l'échec est mauvais, on en aura peur, et on élaborera des stratégies de défense: soit l'immobilisme, soit l'évitement ou l'attaque agressive ( si tu réussis, c'est que tu es un spécimen bizarre et pas cool, à exclure du groupe)

Alors que si on aborde l'échec comme un passage possible pour accéder à la réussite, on cherchera des stratégies d'analyse, afin de se mettre cognitivement en mouvement: prendre l'échec comme une expérience intéressante, et l'observer, la décortiquer, chercher à la comprendre, afin de l'intégrer à notre processus normal d'apprentissage.
Car, oui, se tromper, ne pas y arriver tout de suite, c'est NORMAL! 

Pourquoi?

Parce qu'acquérir un savoir, quel qu’il soit, nécessite d'y consacrer du temps et de l'attention

On sait aussi, que plus on est motivé, plus il est facile d'apprendre.

D'ailleurs qu'est ce qui nous prend le plus de temps et d'attention? Qu'est ce qui nous motive le plus?
L'amour!
Quand on aime, une personne, une matière, une discipline, on ne compte ni son temps, ni son attention et notre motivation est maximale!!

Et j'irai même jusqu'à dire, que peu importe si dans ce que nous faisons, nous réussissons ou échouons, du moment que nous faisons ce que nous aimons.

Prendre des vacances?! Pourquoi faire? Puisque c'est toute l'année que je suis en vacances!!

Et oui: faire ce que l'on aime, rend heureux.

Quel parent n'espère pas voir son enfant heureux?

N'est il pas temps, alors, de cesser ce "gavage" de connaissances, à vous en écœurer d'apprendre?!
Pourquoi ne pas procéder différemment?
Pourquoi ne pas leur apprendre à essayer, et peut importe l'échec.
Et consacrer notre attention à leur donner l'envie, le "love", de la connaissance?

Est ce utopique?
Quand on voit à quel point le jeu, qui n'est autre que le plaisir dans ce que l'on fait, peut aider à apprendre.
Quand on voit à quel point les enfants commencent dans la vie avec une telle soif d'apprendre!!

Quand on voit, qu'au fond, des spécialistes ont déjà trouvé tant de stratégies collaboratives qui respectent et entretiennent la motivation de l'enfant.

Car, elle est là notre richesse: dans cet amour incroyable que nous pouvons mettre dans un savoir, une discipline, un savoir faire, une personne, au point pour certains d'y consacrer toute leur vie !

Regardez cet homme.

Il s'appelle Wallace Chan. Et il est considéré comme un trésor national vivant.
Il a consacré plus de 50000 heures à sa passion: la joaillerie.
Une vie entière.
Et il pourrait vivre dans un appartement miteux, qu'il s'en ficherait.
Car son bonheur, c'est de créer des bijoux extraordinaires, de véritables œuvres d'art.
Son don est incroyable! Il peut ciseler un visage dans une pierre précieuse en trois dimensions.
Croyez-vous que son talent, il le possédait d'emblée?
Non. Il a du apprendre un savoir. Y consacrer son temps et son attention.
Il a du échouer, et essayer à nouveau, en prenant en compte ce que ses échecs lui avaient appris.
Il a du acquérir une certaine maîtrise, mais aussi, s'autoriser à innover, à dépasser ses limites.
Mais tout cela, il a pu le faire, grâce à une seule chose : L'amour.
L'amour incommensurable pour les bijoux.

Alors, la question fondamentale
La question que nous avons tous à nous poser, c'est:

Qu'est ce que nous aimons?

Cet amour incroyable, que nous portons tous en nous, qu'est ce qui le fera vibrer?

Illustration: Eau de Rêve, Wallace Cut, En 1987, Wallace Chan a inventé "Wallace Cut" (世 英 切割), une technique de sculpture qui crée une illusion dans les matériaux transparents en combinant camée médiévale et creux dans la gravure en 3 dimensions.. C'est une technologie de sculpture sans précédent.



mercredi 26 août 2015

AU MOMENT OÙ J'ECRIS....


Au moment où j'écris, je ne pense pas à ce que j'ai pu dire avant.
Je cherche à être en accord avec ce qui m'habite à l'instant présent.
Énoncé ainsi, cela peut sembler facile, mais en vérité, l'esprit passe par bien des détours pour ne pas affronter la réalité.
Et cette réalité, quelle est elle?
Quelle distance existe t'il entre ce que je suis et ce que je voudrais être?
Celle de l'océan de mes défaillances, de mes faiblesses, de mes "pas de côté"...
Au moment où j'écris, j'essaie de devenir cet observateur, attentif à ce qui se passe en moi.
Et à en tirer du positif. 

Par exemple, ce matin,  mon être savoure la lumière dorée de cette fin d'été, cet air si doux..
Mes enfants jouent seuls dans le jardin, avec des bouts de bois et des feuilles.
Je m'attendris car ils semblent m'imiter, " Cherise, est ce que tu crois que ...?".
Ces semaines, ensemble, leur ont fait du bien.
Ils se lèvent le matin, avec le sourire. Ils mangent avec appétit et la journée se passe dans les rires, les petites chamailleries, les histoires qu'ils aiment inventer et se raconter. 
Je les vois s'aimer, apprendre à se respecter, à s'écouter.
Je les vois grandir et s'épanouir.
Profiter de leur vie.
Voilà ce que contient cet instant.
De la Vie.
Dans le mouvement et les cris.
Dans les pleurs et les rires.
Dans la bienveillance.
Alors quand on me demande comment se passent ces journées d'été avec eux... Que j'entends: " tout le temps avec tes enfants, ça ne doit pas être facile..."
Je concède.
Oui, c'est vrai, que j'aimerais avoir du temps pour moi... Pour mes projets, pour mon travail.
Oui, c'est vrai, parfois, je suis fatiguée, lasse, de ne faire QUE m'occuper d'eux.
Je conforte l'autre dans cette idée qu'élever mes enfants, c'est dur pour moi.
Et c'est vrai, c'est dur...
Mais pas seulement.
Ce que je dis n'est qu'une toute petite partie de ce que je vis au quotidien.
En réalité, si je regarde bien dans mon coeur, ce que je vois s'y inscrire, c'est du bien être en leur compagnie et de l'accomplissement personnel.
Vivre au quotidien avec eux m'épanouit.
Je profite de leur amour, de leur joie de vivre, de leur tendresse enfantine.
Je savoure mon rôle de mère. Je  les vois m'écouter, m'imiter, suivre mes conseils.
Je souffre aussi dans mon rôle de mère. J'essaie de gérer leur sensibilité, leur immaturité, leur crise,...
Seulement, souffrir n'est pas forcément mal.
Souffrir peut être une occasion de changer.
C'est désagréable de sortir régulièrement et sans préparation de sa zone de confort.
Mes enfants me poussent à cela. 
Me remettre en question.
Ils me secouent intérieurement. Ils m'obligent à regarder la réalité en face.
Ils m'offrent toutes ces petites occasions de me dépasser.
Parfois, je plonge dans mes automatismes et j'en sors invariablement triste et en colère contre moi-même...
Parfois, je réussis à répondre en accord avec ce que je veux être et je sens un tel  bien être m'envahir!
Je me découvre des ressources. Et j'ai envie de capter ces instants où je peux faire mieux qu'avant.
Vivre pleinement ses émotions, même, celles qui font mal.
Réparer par petites touches
Prendre du recul par rapport à ses erreurs, sans pour autant se reposer sur ses acquis.
J'ai choisi mon chemin.
Je sais qu'il va me falloir des années de travail.
Que je ne fais que commencer.
Mes enfants grandiront.
Et je comprends que je vais grandir avec eux.
Que je peux m'améliorer grâce à eux.
Alors, oui, c'est dur, c'est un pan de ma réalité...
Mais c'est aussi merveilleux.

Ce que j'écris à cet instant, c'est ce que beaucoup de mères vivent partout dans ce monde.

Penser à elles me donne de la force pour avancer.
Dans nos foyers, nous construisons la génération suivante.
Nous sommes des gouttes d'eau.
Qui, une à une, distillons un peu de bienveillance dans ce grand monde.
Nous faisons de notre mieux.
Et, oui, c'est un pari...
Pour demain.

Illustration: Henri Lebasque "Femme écrivant"

vendredi 21 août 2015

SILENCE


Le silence...
Il me semble parfois qu'il m'enveloppe.
Quand certaines nuits, le sommeil me fuit..

Plus rien ne me sollicite.
.
Et si les ombres s'élèvent 
Pour nous coller à l'âme....
Que deviennent nos rêves? 

L'automne chasse déjà un été de plus..
Sous mes pieds nus, la terre s'effrite...
Ton écorce craquelle et contre ton bois, mon être respire.
Respire. 
Où es tu?

Au fond, avec la nuit, mon âme sent venir le froid. 
Mon corps frissonne. 
Oui, j'ai peur. 
A toi, je le confesse.
Je ne me sens pas assez forte. 

Il reste cette part en moi qui craint l'abandon, le rejet, la souffrance...
Cette part en moi qui voudrait se protéger. Résister.
Qui se recroqueville sur ce qu'elle croit posséder..,
Revêtir un manteau de conformité. 
Et un bonnet d'ignorance. 
Je crois...
Cette part là, reste.  

La nuit, 
Ma raison vascille... s'effondre
Et le monde continue sa danse aveugle...
Dans ce silence, mes failles affleurent..
J'écoute leurs pas lents.
Je ne dors pas. 
Tant de peurs m'embrassent.  

Au coeur de cette nuit si pâle...
Je tremble...



samedi 8 août 2015

AT HOME



Je tourne la clé lentement... Comme à chaque fois, je retarde le moment d'ouvrir la porte.
Tous ces jours loin d'elle, et il me semble ne plus connaître ses murs...
Home, sweet home...
La porte résiste un peu, et finalement cède.
J'entre, hésitante.
Un sentiment d'étrangeté me submerge. Il se mêle au familier.
Ici, se trouvent les meubles, les objets qui composent mon foyer...
Pourtant, je dois refaire connaissance avec les lieux.
Je pose valises et enfants.
Et silencieuse, j'entre dans chaque pièce. Fraîcheur et ombre.
Odeur d'absence, d'enfermement. .
Très vite, j'éprouve ce besoin d'ouvrir les portes, les fenêtres.
Mes mains tâtonnent, soulèvent des poignées, des loquets.
Laissent entrer lumière et grand air.
La maison semble inerte.
Je lui offre ma présence attentive. Je la touche. Mes doigts s'attardent aux chambranles de ses portes.
Mon regard s'abandonne aux ombres de ses plafonds.
J'entends le silence de chaque pièce et je tente de l'apprivoiser.
Je finis par m'asseoir et laisser mes pensées librement parler le long de ses murs.
Est ce du bonheur de rentrer chez soi?
Mais est ce toujours chez moi?
Tous ces jouets... Et cette poussière... ces papiers...Dans quel état t'ai je laissé, ma vieille demeure?...
Je vais devoir te laver, trier, ranger, jeter.
Ici, gisent trop de traces inutiles du passé. Faire de la place à l'année à venir.
Libérer de l'espace.
Tu m'attendais pour reprendre des couleurs. Pour reprendre vie, n'est ce pas?
Maintenant, je suis là.
Vieille chaumière...
Je te ramène mes carillons enfantins, des coquillages et du miel pour l'hiver.
Les abeilles disparaissent de nos terres, vois-tu...
Sage chaumière...
Ici, je ne vois plus les étoiles...
Mais je respire encore les arbres.

Ici, je construis ma vie.
At Home. 

Illustration: Le petit Prince, A. de St Exupéry, " L'avenir, tu n'as pas à le prévoir, mais à le permettre"

mercredi 5 août 2015

PULSATION





Pulse ce sang dans chacune de mes veines
Ce flux étrange nourrit tout mon être...
Nuit et jour,
Il court à travers le monde

Il ondule et vibre tout autour et en nous
Sentez-vous ce vent?
Comment ne pas être conquis par ce chant éternel?
En vibrations aussi douces que mystérieuses
Le grand battement de Vie semble expérimenter l'Univers,
Dans nos formes particulières...

Est ce fou de le concevoir?

La pulsation t'habite.
Tu vis avec elle.
Entre continuité et disparition
Elle te parle avec délicatesse
Ecoute! 
Et n'aies pas peur...

Dans ton coeur
Dans tes membres

Fougueuse et légère,
Danse
Cette immensité du peu...



 Illustration: Oeuvre d'Isa Barbier

jeudi 25 juin 2015

STAND-BY



Chers lecteurs,
Je pars ramasser des coquillages et les éparpiller au gré de ma vie :)
Bonnes Vacances !...

mardi 23 juin 2015

REFLEXIONS AUTOUR D'UNE BARQUETTE DE FRITES


Je suis assise à cette table, à grignoter les frites froides de ma fille.
C'est la fête de l'école. Jeux, rires, musique, soleil.
Journée superbe.
Les parents papotent. Les enfants courent de stand en stand, avec fébrilité et joie.
Je me suis assise à l'ombre, avec cette barquette que ma fille n'a pas terminée.
Je n'aime pas le gâchis.
Alors, je les finis. Elles sont molles et froides. Elles sont recouvertes de ketchup.
Et je repense à la remarque du cantinier. Il servait les frites dans des barquettes et je cherchais le ketchup.
- Il est ici. Servez vous. C'est le seul jour de l'année où je permets aux enfants d'en manger. Ce sont des cochonneries ces sauces.

J'ai acquiescé et me suis servie. Un peu moins que d'habitude. Puisque ce sont des cochonneries...
Mes filles, que j'ai rejointes, ont protesté. J'ai argumenté:
- Le cantinier m'a dit que c'était exceptionnel, donc réjouissez-vous d'en avoir.
- Mais non, maman, il nous en donne à chaque fois qu'il y a des frites à la cantine!!

Je n'ai pas mis en doute la parole de mes filles.
Alors, pourquoi ce mensonge du cantinier?
Voilà à quoi je pensais en mangeant ces frites.

Nous savons que le ketchup est sucré, et doit être mangé avec parcimonie. Mais c'est bon avec les frites. Alors, nous en consommons.

Je crois que c'est assez représentatif de notre comportement humain.
Au fond, nous possédons les connaissances nécessaires pour bien agir.
Dans de nombreux domaines, nous savons ce qui est bien et ce qui est mauvais.
Tout du moins, ce que nous qualifions comme tel... 
Malgré cela, nous continuons à chercher une vérité qui nous révélerait à nous-même et nous épargnerait tous ces efforts à fournir pour changer.

Pourquoi est ce si difficile de bien agir?
Manger et boire sainement.
Vivre sainement.
Se comporter au mieux:
Se montrer bon, empathique, généreux, agréable, souriant, serviable, aimant, aimable, doux, calme, bienveillant?

On y arrive, bien sûr, mais pas tout le temps.

Et parfois, on a envie d'agir sans réfléchir aux conséquences, on sait que c'est mauvais, mais on le fait. Et on en ressent du plaisir, plus ou moins assumé... On se cherche tout un tas d'excuses pour justifier notre choix...
- Si je te critique, c'est pour ton bien
- Si je te mens, c'est pour t'épargner
- Si je râle, c'est parce que j'ai le droit de m'affirmer....

Le chemin vers l'amélioration est un chemin aride.
D'abord, parce qu'il ne nous épargne pas la souffrance
Ensuite, parce que nous devons sans cesse lutter. Nous portons des siècles de conditionnement en nous...
Enfin, parce que nous n'avons aucune garantie de réussite stable, durable et irréversible.

Je crois qu'il faut être un peu fou pour choisir en toute conscience ce chemin...
Celui de ne faire que le bien.

Et je crois aussi, que nous aurons beau le souhaiter très fort, nous sommes voués à échouer.
Il existe tant de nuances entre faire du mal et ne pas faire de bien....
Il existe tant de variations entre faire le bien et ne pas faire de mal....

Oui, il faut être fou.
Trouver le geste, la parole juste.
Mais quelle est-elle?
Celle qui fera du bien?
Celle qui ne fera pas de mal?
A qui?
Est ce que ce qui fait du mal, ne peut amener du bien?
Est ce que ce qui fait du bien, le fait vraiment?

Avons nous suffisamment de recul pour juger de la portée réelle de nos actes? De nos mots?

J'ai senti les mots se mêler et s'entremêler.
Imbibés de cette lumière à portée de moi.
Dans cette barquette de frites.

Je me souviens... Toutes ces heures passées, ces nombreuses heures, dans le silence des mots... Les mots choisis. Les mots de papier. Toute mon existence s'en inspire.
Je me souviens... Oui... De cette danse des mots dans ma tête et de cet oubli si paisible.

Mais, là. Précisément là.
Tandis que je contemple ces frites frêles , éclaboussées d'écarlate...
J'en saisis l'illusion.

Manger des frites froides avec du ketchup. Se forcer à les manger....
Est ce bien?
Bien pour qui? Pour moi? Pour les frites?
J'ai contemplé cette pauvre barquette de frites posée sur la table à l'ombre d'un soleil d'été. Et c'est à cet instant précis que j'ai changé mon regard.

Si je les saisis délicatement, si je les porte à mes lèvres avec attention. Si par ma gestuelle, je les embellis. Si je ne les regarde plus comme des aliments mauvais, mais des aliments qui vont me nourrir. Si je songe aux personnes qui ont cuisiné ces frites, et fabriqué ce ketchup. Si je les mange avec reconnaissance et que j'en apprécie la saveur ( bon, les frites froides, il faut chercher vraiment, mais on trouve:), si je me dis que je leur épargne de se retrouver à pourrir dans une poubelle, si je choisis d'en tirer du bon, alors, oui... Je vais en trouver.

Si je fais cet effort.

Et c'est au moment où je mastiquais ma frite, où je prenais conscience de son aspect farineux, de son goût de pomme de terre que j'ai été prise d'un souvenir.
Ce que me répétait mon grand père en lavant ses pommes de terre:
- Sans elles, pendant la guerre, je serais mort de faim...
Sans elles, mon père n'aurait pas existé, et je n'existerais pas.
Flash soudain. Mon grand père s'invitait à ma table. Une émotion forte à la fois de joie profonde, et de tristesse m'a saisie à la gorge.
Puis, j'ai retrouvé les moules frites de mes premières années de vie. Gravelines.
Ses grandes plages sombres balayées par les vents du Nord.
Je me suis mise à trembler.
N'est ce pas incroyable, cette capacité de notre cerveau à faire lien !...

Je suis assise à cette table, à grignoter les frites froides de ma fille.
C'est la fête de l'école. Jeux, rires, musique, soleil.
Journée superbe.
Je lève la tête au ciel.
Je me fais l'effet d'un orpailleur, qui avec sa bâtée, découvre un ciel étoilé..

Illustration: Campagne Mac Cain. Assez drôle.

lundi 22 juin 2015

GRATITUDE



J'aime ces petits signes de remerciement de la main du chauffeur de bus quand, lorsqu'il s'approche de l'arrêt, je lui indique que ce n'est pas la peine de s'arrêter pour moi.

J'aime recevoir la reconnaissance de la petite dame que j'aide pour descendre son cabas.

J'aime entendre des jeunes dans la rue m'interpeller d'un " Vous êtes belle madame!" Si vieillir c'est gagner en respect, c'est tout simplement formidable!

J'aime capter du regard ces nuances de lumière dans le ciel et sur les feuilles des arbres

J'aime entendre le rire de ma mère, contempler le ventre arrondi de ma soeur, et embrasser d'un regard ces générations réunis autour d'un repas de fête.

J'aime serrer dans mes bras mon amie que je n'ai pas vu depuis de nombreux mois. Et dans ce geste sentir son affection, et tout ce qu'elle tait de difficultés dans sa vie.

J'aime laisser mes doigts glisser le long des cheveux fins et soyeux de mon enfant et sentir son petit corps chaud s'abandonner dans mes bras.

J'aime ces brefs instants de silence dans la rue quand le feu est rouge et que tout à coup, la palpitation de la ville semble suspendue.

J'aime poser ma main sur ton visage et concentrer toute mon attention sur ce que la pulpe de mes doigts enregistre de toi: la texture de tes cheveux, l'âpreté de ta barbe, la sinuosité de tes traits, ....Et mon coeur qui bat.
 
J'aime vivre ma vie. Être cette femme au foyer. Qui l'aurait cru?

C'est une chance folle pour moi, d'avoir ce temps. Ce temps pour ma famille.
Ce temps pour apprendre à aimer les petits gestes. Et parfois en embrasser la grâce.
J'ai perdu du temps pour moi, mais j'en ai gagné pour les autres.
Et paradoxalement, c'est en me consacrant aux autres que je gagne en solitude.
J'en saisis toutes les occasions, je les crée dans ces entre-deux, entre l'aspirateur et le linge, entre le jeu et le rangement, entre la lecture et le brossage de dents...
 
Il y a quelques  temps, je n'aurais certainement pas pu l'écrire. Parce que j'avais peur...

Aujourd'hui, je l'écris avec sérénité:
 
Oui, j'aime vivre ce que je vis
Oui, j'aime aimer
Oui, je me sens en parfait accord avec moi-même.
Tous ces êtres qui m'entourent, qui me connaissent, qui m'accompagnent.
Mon amour
Mes enfants
Ma famille
Mes amis
Mes connaissances
Mes inconnus

Je sens mon âme se gonfler d'amour pour vous.
Cet amour ne me rendra pas parfaite, et ne vous épargnera pas les égratignures que je suis susceptible de vous causer. 
Cet amour ne vous garantira pas que j'aurais toujours la parole, le comportement, l'attitude juste envers vous.
Seulement, grâce à lui, sachez que je vous accueillerai toujours dans mon coeur avec vos imperfections, 
Que ce qui m'écorchera de vous, vous sera pardonné.

Et si demain, cette vie devait m'être ôtée, il restera cet amour pour adoucir votre peine.
Cette certitude que je vous aime, et que grâce à cela, je vis dans la joie.
 

 Illustration: Sabine Weiss

mercredi 17 juin 2015

CALME








Je me suis ouverte au calme.
A ce calme qui est en moi.

Je me dis que même si elle fait des ravages tout autour de moi, la tempête ne peut déloger ce qui fait partie de moi...
Ce point d'immobilité qui m'ancre dans la Vie, et dont je prends conscience .

C'est lorsque je demeure calme dans mon cœur, c’est alors que je le perçois…

Solide. Intense.

Rester confiant...Malgré les difficultés traversées.
Prendre ce temps de regarder à la fois ce qui ce passe autour de moi et ce qui se passe en moi.
Prendre ce temps de le contempler, de le vivre.
D'accepter ce qui est vécu, avec la connotation qu'elle suscite en moi.
Mais même cela. Même cela passe...
Mes souvenirs, mes conditionnements, mes apprentissages, mes projections, mes interprétations, mes représentations...
Ce que je croyais compter, me revêtir, me protéger.
Je l'accueille, je l'utilise, mais je ne m'y accroche plus. 

J'essaie de rester simple… Dans ce que je suis…Dans ce que je vis...
Dans mes gestes, mes actes au quotidien.
Il ne s'agit même plus d'une question d'authenticité.
Mais d'humilité.

La conscience calme me polit doucement.
Force incroyable de sérénité.
Elle m'aide à m'accorder.


Peu à peu, il devient plus facile pour moi de m'appuyer sur ce point d'immobilité dans ma conscience, et d'y puiser du bien être, de l'apaisement.

Je le comprends. J'en comprends l'ondulation.
J'en comprends la présence et cette part de silence...

Je me suis ouverte au calme.

Illustration:  "La beauté suspendue dans le grain de l'air heurte un jour la beauté qui rêve au-dedans de nous, et c'en est fini, et tout commence : plus rien ne nous sépare de rien. Tout est comme au premier matin du monde : donné. Répandu dans les nerfs comme dans les blés. Relevant de la seule appartenance à la terre douce et ombrageuse." ~ Christian Bobin

lundi 8 juin 2015

BAISER SUSPENDU



Ce matin je suis partie, pressée, et je ne t'ai pas embrassé...
Tout de suite, je m'en suis rendue compte. Je me suis arrêtée net et me suis retournée sur ce parking. 
Tu étais toujours près de notre voiture avec nos filles. Une fraction de seconde. C'est le temps que j'ai mis à hésiter. Revenir près de toi et chercher tes lèvres? Non. Pas le temps ce matin. Je suis partie en courant. 
Huit ans de mariage et je ne cours plus après nos  baisers... Ces baisers qui m'écorchaient les lèvres...

La journée est passée à une vitesse folle et ce soir, je repense à ce choix que j'ai fait. 
Pas de culpabilité. Je sais que tu ne m'en veux pas... 
T'en es tu rendu compte comme moi, dans la précipitation de ce lundi matin?
Le ton joyeux de ta voix au téléphone ce midi m'a suffit. J'ai cru.
Mais ce soir. Dans la lumière dorée de ce soir d'été, oui, cette pensée me traverse et me saisit: j'ai choisi de courir loin de toi, plutôt que de revenir sur mes pas...
Tes lèvres me manquent soudain. Terriblement. 
Je prends conscience à quel point ces petits gestes quotidiens, ces attentions que l'on se donne, sans toujours y penser, sont essentiels, vitaux.  
Tout comme j'aime sentir tes doigts chercher à entrelacer les miens dans la rue, j'aime sentir ton souffle caresser mes lèvres... 

Ne plus se quitter comme si nous avions le temps de nous aimer après... 
C'est maintenant. 
Ici et maintenant que nous nous aimons. 
Que nous le pouvons. 
Je laisse le manque s'infiltrer et me rappeler à quel point tu es précieux pour moi. 
À quel point je t'aime. 
Ce soir, mes lèvres t'attendent...

Illustration: Gustave Klimt "L'amour" , 1895, Vienne.

vendredi 29 mai 2015

NOTRE VERRE A MOITIE PLEIN



Il y a quelques temps, je discutais avec un vieil ami.
Un sage ami.
Face à face apaisant. Étrange aussi.
Mais avec lui, il en est ainsi.

Je discutais donc.
De notre façon de voir le monde, et à quel point notre filtre de perception pouvait influencer notre quotidien.

Par exemple,

Si j'ai tendance à voir le verre à moitié vide, c’est-à-dire appréhender en premier, les difficultés, les mauvaises nouvelles, bref les choses négatives, il y a de fortes chances pour que je me sente mal, et que mon regard apprenne à capter avant tout, ce qui participe à rendre les jours qui viennent, pénibles... Et tel un engrenage, les émotions déplaisantes, comme la tristesse, la peur qui me traverseront, prendront une ampleur significative...

A l'inverse, si je porte une attention plus soutenue sur le bon, le bien et le beau, autrement dit le verre à moitié plein, il y a de fortes chances pour que cette même période se transforme positivement.
Une personne optimiste a tendance à voir « le bon côté des choses », à penser du bien des gens, à considérer que des événements, même fâcheux, prendront quoi qu’il arrive une tournure positive puisque de chaque expérience, on apprend. Alors, dans les petits "riens" du quotidien, l'optimiste trouvera des motifs d'émerveillement, des raisons d'espérer. Il sait s'arrêter sur les émotions agréables qui le traversent et s'en nourrir.

Est ce que cela signifie, que l'optimiste ne voit pas les aspects négatifs? Bien sûr que non. Il les voit aussi. Lui aussi connaît peine et souffrance. Il n'oublie pas que le verre n'est qu'à moitié plein. Mais, il choisit de se concentrer sur ce qui est déjà dans le verre. Ce qui le comble, plutôt que ce qui lui manque. Il choisit de se sentir reconnaissant pour ce qui est déjà là. Dans l'ici et maintenant.
C'est un entrainement de l'esprit quotidien. Routinier. Jusqu'à devenir un art de vie.

Belle image, n'est ce pas, celle du verre à moitié plein!
Belle image, oui.

Et maintenant, cette  question: à quoi peut servir ce verre?

Si ce verre ne sert à rien. Si tu n'en fais rien..
Ne deviendra t'il pas un fardeau?
A quoi sert-il de porter un verre d'eau?


Choisir de voir le verre à moitié plein, c'est un peu se concentrer sur ce qui le remplit... Sur ce qui est reçu dans l'ici et maintenant.
Mais tu peux aussi choisir d'utiliser ce que tu as reçu. D'en faire quelque chose.
A quoi peut servir un verre d'eau?
N'existe-t'il pas des soifs à étancher ?

Ta soif, bien sûr.
Abreuves-toi de tout ce qui peut te combler, de ce que chaque jour t'offre d'opportunités de bonheur.
Profites de la vie! Savoures-la! Ne te contentes pas de la contempler, mais bois ce que tu as d'eau dans ton verre! Laisse ce qu'il y a de bon dans la vie t'habiter, te changer.

Jusqu'à ce que tu ressentes ce besoin d'offrir ton verre aux autres.
De donner à boire.Partager.
Car la part que tu donnes, ne t'est en aucun cas retirée.
La part que tu donnes avec amour se multiplie.
Elle comble l'autre, et te comble par empathie .

Tu peux être heureux de ce que tu reçois de bon dans cette vie, ET tu peux être heureux de ce que tu donnes de bon dans cette vie.

C'est ce qu'on appelle un cercle vertueux.


Ce midi, j'ai levé mon regard. Un halo solaire éclairait le ciel parisien. Lumière superbe diffractée par des milliers de cristaux de glaces. A des kilomètres au dessus de ma tête.
J'ai pensé à tous ces êtres humains qui ont cette chance de vivre, de pouvoir contempler ce phénomène, juste là... Au dessus de leur tête....
Pouvoir s'émerveiller d'un arc en ciel circulaire, tel le mouvement incessant de la Vie. Et en son centre, cet astre immobile, ce point de conscience éveillé.
Oui. Tout est là. En équilibre parfait.
A nous de savoir nous arrêter pour le contempler.
A nous de ressentir ce besoin formidable de le partager
Et reprendre tranquillement notre route.
Continuer.

lundi 18 mai 2015

PARDONNER A SA MERE





Ce matin, ma fille ( 5 ans) terminait d'écrire ses cartes d'invitation pour son anniversaire.
Elle me montre le résultat et je la gronde. En criant.
Parce qu'elle ne s'est pas appliquée à écrire droit, comme je l'aurais souhaité.
Parce que la maman de la petite fille invitée est institutrice, et donc attentive à ce détail.
Parce que je veux faire bonne "impression" et que cela passe par l'écriture de ma fille.
Parce que je viens de passer dix minutes à supporter les chamailleries de ses frères et soeurs et que mon réservoir de patience et de bienveillance s'est vidé.
Parce que c'est le lundi matin, je suis mal réveillée, je n'ai pas encore bu mon café, et que "rien" ne va....
Bref.
Plein de mauvaises raisons, donc, pour tenter de justifier que: je crie sur ma fille un lundi matin ...
Je crie sur elle, pour un détail.
Et mon mari ne manque pas de me le faire remarquer.
C'est de bonne guerre, pour toutes les fois où je le fais aussi.

- Tous tes efforts d'éducation positive, réduits à néant, ce matin. Tu cries.
Touchée en plein mille!!
- Je ne criais pas ...
Bravo la mauvaise foi.
Parfois, on ne se rend pas compte. Ni de ce que l'on dit, ni de comment on le dit à nos enfants...
Première étape: reconnaître son tord.
Ok. Je criais. Et je la critiquais.
Elle me montre le reste.
Elle s'est appliquée. Je la complimente.
Mais, le remords est là.
Alors, avant de la laisser partir, je la câline, et d'une voix radoucie, je m'excuse un peu.
- Maman n'a pas pris son café ce matin. Je n'aurais pas du te crier dessus ainsi, je le reconnais.
Passe une bonne journée ma puce.
Deuxième étape: Se réconcilier. Un bon câlin. ( "C'est bon pour le coeur", comme dirait ma cadette)

Ils partent. Et je me retrouve avec une colère formidable contre moi-même.
Tous ces bouquins, que tu lis, tous ces efforts que tu fais, à quoi bon?
Tu n'y arrives pas...
Je me sens découragée.
Pourquoi est ce si dur?
Peut-être ne suis je pas faîte pour être mère?
A quoi ça me sert d'avoir passé toutes ces années à étudier la psychologie de l'enfant, j'ai l'impression de ne rien avoir intégré, de me retrouver à reproduire indéfiniment les mêmes schémas, malgré mes efforts, mes remises en question, comme si une terrible malédiction s'était abattue sur moi ...
Engluée. Je me sens engluée dans l'autoritarisme.
Je m'accroupis et je soupire.
Combien de fois suis-je une bonne mère par jour et combien de fois suis-je une mauvaise mère par jour? ....
Et par semaine?
Par an?
Pour toute leur enfance ?....
Je me sens vaciller.
Écrasée par l'angoisse de l'avenir de mes enfants.
J'ai vu les études qui démontrent scientifiquement que crier sur, dévaloriser son enfant peut engendrer une mauvaise estime de soi.
Pourtant, c'est ce que je viens de faire ce matin.
Encore une fois.

C'est alors, que je me suis rappelée une conversation avec une amie.

Suite à une conférence de Catherine Gueguen sur son bouquin "Pour une enfance heureuse", elle se sentait bouleversée, s'en voulant pour toutes les fois où elle n'avait pas été bienveillante avec ses enfants.
Culpabilité, quand tu nous tiens....
Je l'avais apaisée:

- Prends du recul par rapport à tout ça. Ce sont des théories. Et comme toute théorie, elles ne s'appliquent pas à la lettre. Être parent demande du "sur mesure". Tu sais vers quoi tu veux aller. Et c'est, je pense ce qui est le mieux pour nos enfants, mais ce ne sera jamais un objectif atteint une bonne fois pour toute. C'est un cap. Et c'est au fur et à mesure que l'on va y arriver. Et même quand on y arrivera, il y aura encore des moments où on échouera. En vérité, ce n'est pas grave. Heureusement, pour nos enfants, on n'est pas parfait!

Finalement, je me rends compte que je suis de meilleur conseil pour les autres que pour moi-même.
Je le sais, que mes enfants se construisent aussi sur nos failles. Que ce que je vis comme un échec est peut-être un détail pour ma fille et qu'à contrario, là où je relativiserai, elle le vivra, elle, comme une véritable défaillance de ma part. Je le sais.
Alors, quoi?
Tout simplement, j'ai beau le savoir. Je veux quand même être cette mère parfaite.
Voilà pourquoi, chaque "loupé" devient douloureux.
Je veux être une mère parfaite.
Parce que je veux que ça existe.
Parce qu'ainsi, je pourrais continuer à en vouloir à ma mère de ne pas l'avoir été.
De ne pas l'être.

Prise de conscience.
Engluée, je le suis.
Engluée dans ma rancune.
J'ai beau le vouloir de toutes mes forces, j'ai beau me répéter que tout le travail de deuil de la "mère idéale" est fait.
Je me retrouve à ce point essentiel.
Pardonner.

Temps que je ne pardonnerais pas à ma mère ses failles, je n'arriverais pas à accepter les miennes.
Et je resterais dans cette souffrance qu'engendre le désir de perfection.
Je veux être une meilleure mère. Pas une mère parfaite.
Mais, au fond, si je suis honnête avec moi-même...
Je veux être une mère parfaite.
Pour de mauvaises raisons, là aussi,c'est indéniable.
Pour montrer à ma mère, tout ce qu'elle n'a pas été.
Pour me venger.

Et c'est à ce niveau que je dois maintenant, lâcher prise.
La petite fille que j'ai été, doit pardonner.
La femme que je suis devenu, doit pardonner.
Je dois te pardonner, maman.
Vraiment. Totalement.
Comme un jour, ma propre fille me pardonnera.
Oui, un jour...
Je l'espère.

Illustration: Sculpture de Martin Hudáčeka, Slovaquie, Octobre 2014.

lundi 4 mai 2015

PAROLES D'ENFANTS 2/


A l'arrêt de bus.
Journée printanière. Ma fille assise à côté de moi, me voit froncer les sourcils après un coup de fil un peu exaspérant. Elle se tourne vers moi et m'ouvre ses bras.
- Un câlin, maman! 
Je m'exécute volontiers, pensant répondre à son besoin d'affection. 
Mais dans mes bras, elle me glisse gentiment. 
- Voilà, maman... C'est bon pour ton cœur. 
Je l'ai regardée interloquée. 
- Qui t'a dit cela? 
- Je me le suis dit toute seule.  

... Comme ils sont bons ces retours d'amour de nos enfants!...

A l'arrêt de bus. Journée de soleil.
Ce sont ces instants là que mon coeur cueille. 
À foison. 

lundi 27 avril 2015

MATIN


Matin de silence
Matin de vacuité émotionnelle.
Tel un battement d'aile. 

C'est étrange. Et bouleversant. 
Il me semble, la tête sur l'oreiller, me redécouvrir à chaque jour naissant. 

Mon cœur bat. Mon souffle est un murmure et mon regard s'attarde sous mes paupières closes. 
Lumière tamisée...

Une nuit m'a enveloppée. 
Et je n'en ressors jamais tout à fait indemne. 
Des désirs se sont exprimés, des angoisses ont murmuré et cette paix avant la vie est un ventre chaud et feutré.  Un repli temporaire ? 
Par heures ou par intermittence.
Abandon du corps. 
Ce que nous pensons, ce que nous ressentons, ce que nous exprimons ...
Que sont donc devenus ces points d'ancrage de notre conscience? 
Chaque nuit nous revenons à nos liens obscurs, ceux que l'on a soigneusement rangé  à l'abri de notre raison. 
Assouplir nos certitudes. 
Notre regard parfois si droit sur le monde. Il semble tout à coup que ce qui se veut vérité... Ondule...
Que cette vie ne peut être seuls mouvement et conscience, mais aussi repli et silence...
Existence de lumière et de poussière qu'une averse de rêve inonde.
Matière fluide et légère, source de vie Insaisissable...

Chaque nuit est un voyage dans notre intériorité, un retour à ce petit royaume secret, ce refuge de notre subjectivité.

Mes rêves ont le froissement des feuilles vertes
Ils ont le tressaillement des pétales en corolles à l'affleurement de mon souffle
Je me faufile dans leurs replis comme dans un coquillage entre ouvert..
Et lentement. A chaque mouvement... Je m'ouvre... Je danse sur un fil de songes, je virevolte dans un champ d'herbes folles. Je plonge. Je vole. Je flotte.
Jusqu'à ce que je comprenne.. 
Que je peux desserrer l'étau de mes connaissances, de mes ignorances.
Que je peux être, juste être.
Sans rien avoir à rechercher,ni à prouver. 
Se contenter d'être.
Dans cette joie océanique.
Un tel soulagement me comble alors...

La douceur de l'oreiller. 
Matin de coton. 
Chaque jour.
Naître en ce monde. 

Se glisser dans nos petits gestes habituels, ces rituels qui nous ancrent si fidèlement dans ce monde. S'en remettre à cette petite mécanique de l'éveil. 
Et chaque jour, 
être.
Juste accord. 

Illustration: Caspar David Friedrich, "Femme au coucher du soleil", 1918, Essen.

jeudi 16 avril 2015

ACTE DE COMPASSION



Ma cadette de 4 ans rentre un après-midi de l'école avec un hématome sur sa joue gauche.
Tout de suite inquiète, je lui demande ce qui s'est passé.

- C'est rien maman...., me répond elle, calmement.
- Non, ce n'est pas rien. Tu es toute rouge, tu dois avoir mal... Tu es tombée? On t'a tapé?

Elle hésite, puis m'avoue:

- C'est Léo.

Ce n'est pas la première fois que ce petit garçon la bouscule, mais cette fois-ci, vue l'hématome, je trouve qu'il est y est allé un peu fort. Je sens déjà ma colère affleurer. "Attend voir, Petit Léo, ça ne va pas se passer comme ça!..."

- Tu l'as dit à ta maîtresse?
- Non.

Ok. On va reprendre depuis le début....

- Qu'est ce qui s'est passé exactement?
- Ben, Léo voulait que je tape un petit dans la cour et j'ai pas voulu, alors il m'a cogné contre le mur.

Respire... Respire... Imaginer la tête de ma fille percuter le mur, imaginer la violence du geste et la douleur de mon enfant.... La colère est bien là.


-Pourquoi tu n'as rien dit à la maîtresse?!

- Ben, je me suis dit: si je le dis, elle va le gronder et il va pleurer. Et j'aime pas voir les autres pleurer, maman...

J'ai écarquillé les yeux. Je ne m'attendais pas à cette réponse.

- Mais....Et toi?
- Moi, je suis forte maman.

Mon coeur s'est serré d'émotion. Un mélange d'admiration pour son courage, de surprise, de peur aussi...Est-elle si forte qu'elle le pense? Et cette force, combien vont tenter de l'écraser?....

Ma fille a choisi de protéger son camarade malgré la violence de son geste, parce qu'elle ne supporte pas de voir les autres souffrir...
Anticipant la douleur d'un autre, elle a cherché à y remédier. Malgré la sienne.
A 4 ans.

Voici ce qu'est un acte de compassion.
Agir pour éviter à autrui de souffrir. Même si soi-même on souffre. Et peut être, parce que soi-même, on souffre et que l'on en connaît l’âpreté. Sans s'y noyer.

Le lendemain, elle jouait avec Léo.
Il ne s'est pas fait gronder.
En a t'il tiré une leçon?
Il sait maintenant qu'il ne peut pas manipuler ma fille. Il sait qu'elle est capable d'encaisser. Et de ne conserver aucune rancune.

mardi 7 avril 2015

ESSAYER ET RENONCER



Nécessaire renoncement?

Parfois, une idée émerge et l'esprit tourne autour.
Curieux, il en explore les différents aspects et c'est comme s'il ouvrait des fenêtres sur une lumière aux multiples facettes. L'esprit s'en nourrit.

Il arrive aussi que l'on devine ces fenêtres mais que l'on choisisse de maintenir les volets fermés.
Choisir l'ombre.
Choisir de maintenir une part de mystère.
Pour se protéger? Par humilité?

Il arrive aussi que l'on comprenne que certaines fenêtres resteront pour toujours fermées.
Non par choix, mais par incapacité.
Incapable.
Ne pas avoir les ressources pour
Ne pas être en mesure de...

On dit que certaines personnes, par peur d'échouer, choisissent de renoncer.
Ne pas prendre de risque, afin d'éviter de souffrir.
De manière objective, cette position est préjudiciable.

Mais lorsque l'on a souffert. Longtemps et intensément.
On sait l'effondrement.
Et oui, le renoncement devient une bouée de survie...
Je crois, que c'est ce que Seligman appelle l'impuissance apprise...

J'ai appris l'impuissance. Indéniablement.

Et je dois me battre chaque jour avec moi-même pour ne pas renoncer.
Renoncer à mes valeurs
Renoncer à mes aspirations
Renoncer à ce que ça représente dans ma vie....
A ma façon d'être dans ce monde si désabusé, si gorgé de lassitude, et d'ennui...

Mais je dois me battre aussi avec moi-même pour renoncer!
Un renoncement nécessaire.
Renoncer à tout comprendre, tout résoudre, à ouvrir toutes les fenêtres
Renoncer à avoir raison, à convaincre, à détenir LA vérité
Renoncer à pouvoir

Car je ne suis pas plus certaine qu'une autre personne
Je ne suis pas plus forte qu'une autre.
Et oui, je suis incapable.
Profondément et terriblement consciente de mes limites.

Il paraît que c'est rassurant de se dire que l'être humain n'est pas parfait
Certains même revendiquent l'imperfection
Personnellement je n'y entends qu'impuissance...
Une petite voix, persiflant à mon oreille : " A quoi bon... Puisque, ce ne sera jamais parfait...."

Alors, il me reste le mieux.
Oeuvrer à davantage.
Se battre pour faire plus.
Essayer encore.

Tyrannie de l'effort.
Ordinaire. Quotidien.

On regarde certains,

Se recroqueviller dans des discours appris,
S'enfermer dans la critique facile et la vision pondérée, distanciée, froide de la vie...
Et certains jours, on voudrait renoncer au mieux
Pour faire comme eux.

Tyrannie de l'humilité.
 Ordinaire. Quotidienne.

On regarde d'autres encore,
Se proclamer dans le vrai, enseigner des pseudos-vérités et se draper dans les vanités de l'esprit.
Comme eux, on souhaiterait tellement changer le monde et le créer selon nos souhaits!
En mieux?
Mais mieux pour qui? 
Pour nous? Pour eux? Pour la vie?

Oui. Certains jours, c'est dur.
Très dur.
D'y croire encore.
Et de faire cet effort
De distinguer
Ce qui est à essayer,
De ce qui est à renoncer.

Illustration: Marie de Béthanie, acte superbe d'humilité et de bravoure.

mercredi 1 avril 2015

COUP DE FOUDRE LITTERAIRE


Je me souviens encore de notre première rencontre...
Solitaire, j'aimais m'attarder dans cette librairie du boulevard Saint Germain.
Avant de rejoindre la rue des Saint Pères et mes études de médecine.
L'écume des pages
Comme aimantée par tous ces livres, je passais et repassais dans les allées, laissant courir mes doigts au grès du hasard.
Juste pour le plaisir de caresser quelques titres au passage, car à dix sept ans, je n'avais pas d'argent.
Parfois, quand il me restait quelques pièces, je m'achetais une carte postale, une peinture, une photographie que j'aimais glisser ensuite dans mes vieux romans.
C'est une petite manie que j'ai conservée ...
Et un jour, je suis tombée sur vous.
Votre couverture, tout d'abord, un dos de femme avec de longs cheveux en cascade
Et ce titre: "La femme à venir".
Votre nom enfin. Christian Bobin.
Albe,vous l'avez appelée.
Comment résister?
J'ai renoncé ce jour-là à comprendre. Je suis sortie de la librairie avec votre livre dans mon sac. Un inconnu venait de me l'offrir. La femme à venir....
Exactement ce que j'étais... Une jeune fille rêveuse, propulsée dans un univers scientifique qui ne lui convenait pas. Une jeune fille en fuite.
Avec vous dans mon sac, j'ai parcouru Paris
Avec vous j'ai quitté les livres raisonnables.
Il y eut Albe, puis Isabelle Bruges, puis la plongée ...
Dès la première page de votre roman, j'ai senti votre main prendre la mienne, et doucement me guider en dehors... Vous avez poussé la porte rouillée d'un vieux jardin secret et une pluie de lumière a inondé mon visage.
Comment avez-vous fait, magicien, pour m'accueillir dans votre roman et lentement m'initier à votre prose?
Je vous ai lu, comme je n'avais encore jamais lu.
Avec lenteur.
Avec douceur.
La première fois, l'histoire comptait, comme elle avait toujours compté pour moi.
Peu à peu, vous m'y avez fait renoncer.
Peu importait ce que vous racontiez, l'histoire d'une fleur, d'un poète, d'une promenade en forêt, je n'entendais plus que votre musicalité et certaines de vos phrases m'éblouissaient.

Cela fait dix sept ans que je vous lis.
Dix sept ans que mon coeur écoute vos mots.
Sans toujours les comprendre
Mais c'est un mystère que j'affectionne autant que les lumières de vos silences.
Je prête peu vos livres, car ils sont aussi les seuls sur lesquels j'aime écrire.
J'ai ce sentiment que dans vos livres, vous laissez une place pour les mots des autres.
Rare générosité pour un écrivain poète.
Avec vous, j'ai souri, j'ai ri, j'ai soupiré, j'ai pleuré, j'ai vibré, j'ai résonné,
Avec vous, je me suis ennuyée, je me suis endormie, j'ai sursauté, j'ai été agacée,
Avec vous j'ai vu et entendu, j'ai senti et goûté. J'ai touché l'ordinaire et la grâce dans une même phrase.
J'ai rêvé et raisonné,
J'ai prié et pardonné
J'ai aimé.

Alors, imaginez mon émotion, quand ma fille de cinq ans est venue me voir avec "l'homme-joie" dans ses mains.
-Maman, je veux que tu m'apprennes à lire ce livre.
- Pourquoi celui-ci? Il n'a pas d'image ma chérie...
- Oui, mais regarde, maman, il est écrit en lié. Là.

Ma fille, cette femme à venir, venait pour la première fois de m'exprimer son envie de lire quelque chose.
Vos mots, cher poète.
Vos mots écrits de votre main.
Vos mots liés.

Christian Bobin,
Vous êtes un magicien...

Illustration: Edouard Boubat, couverture de mon premier livre "La femme à venir"

lundi 30 mars 2015

LA PLANTE DU BONHEUR



Une petite fille m'a racontée une bien jolie histoire.
Qui dans mon âme résonne encore.

Il s'agit d'un petit mulot, qui cherche la plante du bonheur.
Croyant qu'elle se trouve ailleurs, il part la rechercher.
Il traverse des prairies, des montagnes, des rivières.
Long périple, jalonné d'embûches et de rencontres insolites.
Aux animaux qu'il croise, il demande où est la fleur du bonheur.
Chaque fois, lui est répondu que la fleur du bonheur se trouve ailleurs et le petit mulot reprend sa marche et continue son chemin.
Plus il s'éloigne de son petit monde, plus il croit s'approcher de la fleur du bonheur. 
Vous savez... Celle qui se trouve ailleurs...
Jusqu'au jour où il rencontre une marmotte.
Qui, contrairement aux autres, lui répond: " Petit Mulot, rentre chez toi, va raconter tes aventures à ta grand-mère. Elle te mènera à la plante du bonheur".
Intrigué, le petit mulot rentre chez lui. Il raconte sa quête à sa grand mère qui lui donne une minuscule graine.
"Plante cette graine. Cultive-la et tu trouveras la plante du bonheur".
Le petit mulot plante sa graine. L'arrose et attend.
Il avait peur de s'ennuyer, mais il se découvre heureux de veiller sur cette petite graine.
A chaque étape de croissance de la plante, le petit mulot est là.
Jour après jour.
Il la regarde pousser avec curiosité.
Un beau matin, la fleur finit par s'ouvrir...
Elle ressemble à bien d'autres fleurs de son espèce.
Et pourtant, le petit mulot sait qu'il a en face de lui une fleur exceptionnelle, la plante du bonheur.
Parce qu'il la connaît.
Parce qu'il l'aime.
Et de la voir s'épanouir, son coeur chante de joie.

-"Tu sais, conclut la petite fille, la plante du bonheur... Et bien c'était celle qu'il avait, lui, plantée!"


Au fond, de quoi dépend notre bonheur?


Illustration: Vladimir Volegov

jeudi 19 mars 2015

LA MAGIE AU QUOTIDIEN


Journée un peu maussade aujourd'hui... Nuages, vent froid et peu de lumière.
Et pourtant...

Ma fille au retour de l'école s'est exclamée: 
-Tu sais maman, que demain, le soleil a rendez-vous avec la lune ?!

N'est ce pas poétique? 
Elle sautillait, toute guillerette.
J'ai senti mon cœur se gorger de joie.  

-Oui. Ça va faire une éclipse. Et tu sais pourquoi? 
- Non...
J'avais le choix entre un discours didactique ou prolonger un peu la nuance poétique de sa phrase...
Comment résister ? :)

- Regarde autour de toi ma chérie.
Elle regarde. 
-Qu'est ce que nous dit la nature? 

- Que c'est le printemps? 
- Oui, le printemps. Les canards sont revenus, et les arbres sont en fleurs, les jonquilles s'ouvrent, les bourgeons apparaissent et les animaux se font la cour. C'est aussi la saison des amours...

Et là, une lueur d'excitation s'est allumée dans son regard
- Alors, le soleil et la lune se sont donnés un rendez-vous... d'amoureux ?!!
J'ai pris un air un peu mystérieux.

- Qui sait...

- Oh, maman.... Mais... Mais... c'est magique !! 

Journée de gris aujourd'hui et de lumière dans les yeux de ma petite fille de quatre ans. 
Demain, une éclipse deviendra une rencontre amoureuse entre la lune et le soleil. 
Je crois qu'il n'existe pas plus beau ciel que celui de ces instants.

Illustration: Marc Chagall, Les Adolescents, 1975

lundi 16 mars 2015

DÉSERT



Je crois que je suis arrivée à un point de poussière.
Une grande traversée de désert...
Cette terre que rien ne nourrit et qui nourrit ce rien...
Où ce qui pousse est sombre et amer
J'ai beau me répéter que c'est un temps
Que cet état d'âme aride est passager
J'erre, j'erre....
Je pourrais y poser des mots professionnels.
Auto diagnostiquer un léger état dépressif consécutif aux événements de la semaine dernière...
Oui. Je pourrais. 
Je pourrais aussi lutter. 
Ou faire comme si je n'étais pas concernée par cet asséchement dans mon être. 
Je pourrais...
Mais je choisis d'en parler. 
Et je crois que je l'ai senti s'avancer
Ce sable mouvant
Cette asphyxie.
Trop calme depuis.
Trop détachée. 
Je crois qu'une part de moi a plongé en même temps que tombait mon fils...
Dans cette eau glacée. 
Je l'ai sauvé. 
Mais un bout de moi s'est noyé. 
On parle d'accident ordinaire. 
Cet instant où notre monde bascule. 
Parce que votre enfant haut comme trois pommes se jette dans une fontaine. 
Et vous le voyez s'enfoncer... Entraîné par ses vêtements d'hiver. 
Vous le voyez et votre regard en capte à la fois l'horreur, l'urgence vitale et la fascinante beauté. 
J'ai réagi. La force herculéenne d'une mère. Les bons gestes. 
Et le monde continue sa tranquille routine...
Mais toi, mon âme....
Tu ne t'en remets pas tout à fait? 
Ma chair et mon sang. 
Dans cette profondeur glacée...
J'erre, j'erre...
Désert émotionnel. 
Colère affleurant parfois...
Comment?! 
Tu as voulu me le prendre! 
Tant de souffrances, d'efforts, de mois d'attente pour sa vie et d'une fraction de seconde, toi, Mort, tu as cherché à la ravir!!
La vie  peut nous être si facilement, si rapidement ôtée....
Combien d'années veux-tu en échange de sa vie? 
Je te les donne mes années de lumière , prends-les ! 
Mais laisse vivre mon fils... Laisse-le.

Ce qui me hante... 
Son petit corps au fond de cette eau glacée. 

Poussière nous sommes...
Poussière et souffrance.

C'est un désert. 
Aride et amer. 
Un autre visage de la Vie.
Ma vulnérabilité....
La vulnérabilité d'une mère...
Ainsi, la voici... 


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