'ELARGIR SA BIENVEILLANCE

RALENTIS RESPIRE TOLÈRE EN TOI ACCUEILLE APPRENDS

NOTRE VERRE A MOITIE PLEIN

Je discutais donc. De notre façon de voir le monde, et à quel point notre filtre de perception pouvait influencer notre quotidien

ETRE MERE

Je sais que parfois, il est difficile de se vivre comme une mère. De remplir volontiers ses fonctions maternantes, d'écoute, de soutien, d'accompagnement... Je sais.

LIEN MERE-ENFANT

Lorsque l’on devient mère pour la première fois, nous sommes si fragiles, si pleines d’illusions et d’ignorance...

ASSEZ!

Intolérance. Critiques déguisées. Jugements gratuits. Injures et véhémences. Fermeture d’esprit. Rigidité. Égoïsme. Lâcheté. Indifférence.

jeudi 27 novembre 2014

INTOLÉRANCE





Que sont les mots
S'ils ne sont pas habités?
Des coquilles vides.
Des masques 
Des caches-misères 

La lâcheté n'est pas un lâcher-prise...
La lâcheté est une fleur du mal
Et sous quel prétexte? 
Celui d'avoir mal??

Mais n'avez vous donc pas compris? 
Que la Lumière, 
Ce phare dans nos mers,
Dans l'amer de nos toutes petites vies
A besoin de nos gestes d'amour 
Pour exister...

Recueilles toi mon âme 
En ce triste moment
C'est l'heure où les douleurs s'aigrissent  
....
Où le phare peut s'éteindre...

Temps que la souffrance ne sera pas tolérée......
En nous même 
......
Le monde restera intolérable. 

mercredi 26 novembre 2014

LE SILENCE DE L'AMER



Un coeur se pose
Une vérité se dit.

En elle explose
Cette douleur infinie

Fuite
Le silence est une fuite
Une farouche résistance
A ces lettres écrites?

Au travers de mots d'encre et d'arabesques
Se dessinait une âme solitaire
En quête...

Perdue
Dans ce labyrinthe d'ombres
Et de lumières...

Fuite
Les émotions s'enlisent
Se figent.
Cherchent une fuite
Pour quelques chimères

Le silence de l'amer
Est une page blanche...
Douce mer...
..........
Où es tu, mon ami?

Illustration: Louise Bourgeois, Jardin des Tuileries

lundi 24 novembre 2014

QUAND ETRE AIDÉ DEVIENT UNE EPREUVE...


Cet été, j'étais fatiguée. Pour pleins de petites raisons sans importance.
Mais certainement, je devais avoir atteint un état d'épuisement manifeste.
Je faisais mes courses avec mes trois enfants.
Un matin  de semaine, pas trop de monde, pas trop de bruit.
Je ne me souviens pas d'un comportement particulièrement stressé, ou anxieux...
Je devais tout de même être agacée par les pitreries de mes filles, mais en général, je les occupe, je leur donne des "missions" dans le magasin et j'arrive ainsi à ce que l'épreuve des courses n'en soit plus une...

Bref, je me retrouve en caisse, avec mes provisions, ma poussette et mes enfants.
Et là, le client devant moi, gentiment, m'offre de passer avant lui.
J'accepte avec le sourire, contente de gagner un peu de temps.
Je le remercie, mais il reprend:
"Je vais vous aider."
Et là dessus, il prend mes articles et se met à les ranger dans mon sac.
Cet inconnu a rangé toutes mes courses!!

Et je suis restée les bras ballants, terriblement embarrassée ...
A regarder cet homme prendre mes affaires et les ranger à sa manière dans mon sac.
Une chose était claire dans ma tête, je ne voulais pas qu'il fasse cela.
Son aide allait trop loin.
De blanche, je suis devenue rouge.
De calme, je suis devenue tremblante
Et des pensées négatives ont tourbillonné dans ma tête.

Une aide est censée soulager l'autre, il me semble.
Pour moi, cette aide-ci était devenue une épreuve.

Tout d'abord en portant mon regard sur ses mains qui saisissaient mes affaires,
La pensée qu'il puisse me voler m'a effleurée et j'ai pris peur.
Pour me calmer, j'ai relativisé " s'il te prend quelque chose, et bien tant pis..."

Ensuite, en agissant aussi spontanément, il venait de me prendre de court, et je n'avais pas su réagir à temps... Maintenant, je me retrouvais incapable et impuissante.
Encore une fois, je ne trouvais pas les mots pour que cela cesse...

De plus, je m'inquiétais de ne pas le blesser par des paroles trop agressives, parce que je sentais ma colère... Alors, je suis restée silencieuse...
Et intérieurement, je me fustigeais de ne pas savoir apprécier une aide, quel qu’elle soit...

Enfin, en m'apercevant qu'il rougissait, je me suis dit qu'il devait se rendre compte qu'il allait trop loin, mais ne sachant comment s'arrêter, il continuait...
"Qu'ai je renvoyé de moi à cet homme, pour qu'il en vienne à faire quelque chose que visiblement il ne faisait pas d'habitude et qui maintenant l’embarrassait.?
Avais-je l'air à ce point fragile, fatiguée, débordée, incapable??

Si tu fais sentir autour de toi que tu as besoin d'aide, alors c'est que tu as certainement besoin d'aide, mais que tu ne veux pas l'admettre... Fichu orgueil.

Je m'enfonçais, je m'enfonçais...
Toutes mes failles, mes douleurs se ravivaient au fur et à mesure que cet homme posait ses mains sur mes provisions et les prenaient pour les ranger, lui et non pas moi, dans mon sac qui débordait...
Je m'assombrissais en moi-même.

L'épreuve se terminait et j'allais devoir le remercier...
Comment trouver la motivation?
Je l'ai alors contemplé. Dans cet instant. J'ai pensé à lui, et non plus à moi.
Et j'ai vu un homme affairé pour moi, un homme qui était allé jusqu'au bout de son intention.
"Peut-être, est ce un exercice de thérapie... Il a travaillé ça avec son thérapeute: aujourd'hui, vous devez aider une personne dans un magasin, et comme il n'en a pas l'habitude, il en fait trop"

Cette pensée m'a attendrie et j'ai enfin vu derrière la maladresse, la gentillesse et les bonnes intentions. Je devais lui faire un bon retour.
Alors, je l'ai remercié avec des paroles douces et un sourire.
Et je suis partie.

Je crois que j'en suis ressortie un peu troublée, et lui, peut-être aussi...

Accepter d'être aidée, n'est pas toujours facile... En particulier pour des personnes qui ont davantage l'habitude d'aider que d'être aidée.
Et l'aide que l'on reçoit n'est pas toujours celle que l'on désire.
Je n'ai pas aimé cette expérience.
Parce qu'elle m'a montré qu'être aidée pouvait être une épreuve.
C'est une réflexion que les personnes travaillant dans le soin ont un peu de mal à avoir, je crois...
Ce jour là, j'ai aussi compris, que la relation d'aide est d'une grande complexité, même pour une situation aussi simple que dans un supermarché.

Celui qui croit aider, n'est peut-être pas toujours celui qui aide...
Et celui qui aide choisit parfois une méthode troublante...

Ai-je été aidé?
Ai je aidé?
Était ce de l'aide?... 
Je n'en suis pas si sûre....
Pour qui est ce que cela a compté?


dimanche 23 novembre 2014

GOUTTE



Poser sa tête, doucement,
Et suivre du regard les étranges arabesques des gouttes de pluie sur la vitre de mon âme.
Doucement.
Quel calme finalement.
Quel calme...

Parfois, je pourrais presque les sentir,
Ces doigts légers, effleurant à peine les contours de mon visage...
Légèreté du temps
Dans cette fragilité
Cette danse de lumière.
Oui, parfois...

Je pourrais m'abandonner...

La vie a ce drôle de pouvoir 
De nous faire vaciller et choir...
Profondément.
De toute possibilité.

Une petite goutte de pluie
Glisse sur cette fenêtre humaine...
Sans bruit.

Quel calme.
Oui.

jeudi 20 novembre 2014

OUVRIR LES YEUX




Où se localise la douleur?
Quand on a mal.
Quand vos souffrances morales prennent place dans votre corps.
Quand certaines pensées vous blessent, et que vous sentez bien que vous souffrez...
Pour ma part, je sens la douleur dans mon ventre, mais aussi dans ma gorge, jusqu'à ma langue.
Sensation très désagréable. Mélange de dégoût et de crispations.
A cause de pensées.
D'une prise de conscience.
De lucidité.

Mon dernier billet parlait d'un livre que je viens de lire." La fabrique du monde", de Sophie Van der Linden

Et hier, ce film sur Arte...
D'habitude, je ne regarde pas trop le petit écran, mais ce soir-là, j'ai eu envie de me pelotonner dans mon canapé avec une soupe chaude et un bon film.
Et je tombe sur ce film de toute beauté " La petite Venise", sur Arte
Une amitié contrariée entre un vieil italien pêcheur et une immigrante chinoise, que l'amour de la poésie rapproche. Les conditions de vie de cette chinoise m'ont terriblement touchées, car j'y trouvais écho à ma lecture récente.

Et mon mari, qui me parle de suicides collectifs dans les usines en Chine... Et que pensez-vous que les autorités aient trouvés comme solution pour faire cesser ces suicides ?
Ils ont fait mettre des filets aux fenêtres... Pour les dissuader de sauter.

Il y a trois jours, je m'en fichais totalement des usines en Chine.
Je ne pensais pas aux ouvriers chinois.
Et c'était très bien.

Alors pourquoi, cette prise de conscience douloureuse?
Pourquoi maintenant??

Alors que nous approchons de Noël... Et nous savons tous où sont fabriqués les jouets...
Qui sont les "petits lutins" du Père Noël...

Depuis ce matin, j'y pense...
Parce que maintenant, je suis consciente, que pour que nos enfants puissent éprouver la joie d'ouvrir leur cadeaux de Noël, il aura fallu que des petites mains laborieuses  y travaillent jour et nuit, dans des conditions épouvantables, sans pause, mangeant leurs nouilles debout, en silence, dormant à l'usine, pour un salaire dérisoire dont la grosse majorité partira pour nourrir leur famille, si ce n'est pour rembourser des "dettes"...
La déshumanisation est le pire fléau.
Et tout en retirant laborieusement les attaches des jouets de mes enfants, je sais que je vais penser à eux.
Autant d'histoires, de mondes individuels que je ne connais pas, mais que ces jouets lient à moi.

C'est vrai, je pourrais passer outre, et ne pas y penser.

Je pourrais réagir avec fatalisme et me dire que je ne peux pas changer le monde.
C'est vrai, ça aussi.
Car je ne vais pas retirer à mes enfants leur bonheur parce que les "lutins" sont maltraités à l'autre bout du monde... Est ce leur faute?

Où se localise la douleur? Quand on a mal?
En nous-même.
Dans notre corps, dans notre tête, dans notre coeur.
Soit je fuis cette douleur, soit je l'accepte.
Je peux accepter ce qui est, l'admettre, retirer mes œillères et me réjouir de mes conditions de vie bien meilleures.
C'est déjà  un premier pas.
Je peux ensuite, tenter de trouver ma solution, qui apaisera mon sentiment de révolte, mon hurlement intérieur et déjouera mon sentiment d'impuissance dont je me méfie.
Je ne peux pas prendre ma cape de superhéros et partir les sortir tous de ces fabriques...
( Une cape "made in china", bien-sûr ...)
Mais je peux chercher une association qui sur place les aide et donner un peu de cet argent que j'économise en achetant "made in China", au lieu de "made in France"...

Et maintenant?
Je suis consciente de ce qui m'attriste.
Je l'accepte.
Et
Je garde à l'esprit que ce n'est pas si loin de moi, que d'une certaine façon, je suis liée à cette réalité.
Alors, je les aide, à ma petite mesure.
Un grain de sable...
Une larme du coeur.
Qui m’apaise un peu et adoucira un temps soit peu, leur vie...
Je l'espère.



Illustration: Photo prise par Michael Wolf dans une usine chinoise de jouets 

lundi 17 novembre 2014

LA FABRIQUE DU MONDE







Je suis dans une grande librairie, et comme à mon habitude, je laisse courir mes doigts sur les étagères. 
Je caresse au passage quelques titres, je m'arrête parfois, contemple la couverture, séduite par un titre. Un titre, c'est une promesse.

Parfois, cette promesse est tenue. Parfois, pas...
Ce titre là, me plaît. "La fabrique du monde" 
J'ouvre le livre.
Voici ses premiers mots 
" Sortir, en une propulsion due au seul souffle de la liberté. Puis courir, la vie en dépend, toute et à jamais. Droit devant, vers la nature, l'inconnu, à toute force."

La fabrique du monde. 
La première fabrique au monde. La Chine. Ses usines. Ses ouvriers. Femmes, hommes, enfants. Déshumanisation de masse. La révolte du sujet. C'est le livre.

La fabrique du monde. 
C'est aussi pour moi, la femme. 
Nous qui enfantons le monde, gouttes d'eau dans l'océan de la vie. 
Que serait la vie humaine sans la femme? 
Pourtant, être une femme dans notre monde...
Finalement l'idée de "mère porteuse", n'est ce pas un peu cette idée de "femme-usine"?
Déshumanisation et utilisation du corps de la femme comme machine à produire...

La fabrique du monde enfin. 
Quoi d'autre que notre esprit? 
Notre esprit qui se fabrique un monde. Envers et contre tout. Nos rêves. Leur douce ivresse. 
Nos pensées, parfois si loin de la réalité... Émotionnellement colorées.
Parfois, je me demande si tout ce qui entraîne une certaine forme d'addiction ( drogues, médocs, fringues, aliments,TV,  jeux vidéos, internet,... ) ne sont pas des formes de déshumanisation, et d'utilisation de notre esprit comme machine à consommer ?...

La fabrique du monde...
Combien de monde existe-t'il finalement? 
Autant que d'esprits pour le bâtir, j'imagine...

Je marche dans la rue, et je les vois, ces passants. Ombre et chair.
Regarde-les. 
Vraiment.
Mouvement. 
Tellement de mondes individuels dans ce paysage urbain...

Ombre et chair, vraiment?
Il me semble percevoir de la lumière.
Ils pensent, ils rêvent.
Ils fabriquent leur monde.

Ils vivent leur histoire.
Haute en couleur.

Et je ne fais que passer...
Un coeur qui bat.
Respiration profonde.
Vibration de tout un être
Vibration qui se répète
Se répète à l'infini.

C'est la musique du peut être.
C'est une toute petite musique.

Mais eux aussi... Comme moi.
Eux aussi vibrent.

Je dois y penser!


Illustration: Edward Hopper, "Soir bleu" 1914. "Par les soirs bleus d'été, j'irai dans les sentiers,..."Arthur Rimbaud

vendredi 14 novembre 2014

AUBE NOUVELLE



Voilà... C'est ce moment là...
Mes mots glissent inexorablement vers le jour de mon anniversaire.
J'écris dans les dernières minutes de cette fameuse journée de la gentillesse, cette journée pour les autres.
Et je publierai mon billet dans les premières minutes de cette journée pour moi.
Le jour de mon anniversaire.
J'aime cette journée.
Parce que ce jour-là, je reçois et chaque fois, mon coeur s'émeut, mon coeur palpite.
J'aime mon anniversaire, parce que j'aime vieillir.
Peut-être, il arrivera un temps où vieillir deviendra source d'angoisse, mais, pas encore.
Pas maintenant.
Je vieillis avec bonheur et j'ose dire que je m'épanouis dans mon vieillissement.
Pas à pas je quitte la jeunesse avec tristesse et joie.
J'ai aimé être jeune. Mais j'ai aussi souffert d'être jeune.
Je pense avoir su en profiter et en avoir exploré pas mal d'aspects.
Je pense aussi que d'autres choses, follement passionnantes m'attendent.

Mais, ce billet n'est pas un hymne au temps qui passe, au temps passé.
Ce billet s'écrit aujourd'hui, et j'ai envie de poser ici quelques mots pour moi.
Pour mon souvenir et mon bonheur.
Le jour de son anniversaire, on le peut, n'est ce pas?

Mon aînée, ma douce et délicate enfant, tu m'a serrée dans tes petits bras, en pleurant parce que tu ne veux pas que je meurs et tu ne veux pas mourir... Ma toute douce, nous avons le temps. Profitons de ce que nous avons, de ce présent ensemble. J'aime tant recevoir tes dessins de princesses, écouter tes histoires, et avoir terriblement conscience de la petite fille que tu deviens si sensible et si fine.

Ma cadette, ma solaire, si tendre et câline. Tu viens de me confier que tu m'offriras un collier de perles de ta confection et l'ombre de Peter Pan... Parce que tu rêves de le rencontrer ma chérie... Tu rouspètes quand je ferme les volets de votre chambre parce que j'empêche Peter Pan de venir te voir... Un jour, je t'ai avoué ne l'avoir jamais rencontré, tu as réfléchi et tu t'es exclamée "Mais c'est parce que tu n'as pas son ombre, maman!" Alors, tu vas me l'offrir, mon adorable fée...

Mon benjamin, mon petit ange, mon sacré coquin, qui sourit tellement et invente des bêtises incroyables, pour la première fois, tu m'as embrassée sur la joue. Un vrai bisou. J'étais folle de joie. Fini l'exclusivité à la lapine et au chat ! Maman aussi a droit aux bisous tout doux de son petit garçon...

Comment ne pas aimer vieillir?
Puisque vieillir c'est vivre!
Puisque vieillir c'est chaque jour être avec eux et profiter de ce temps qui les fait grandir, qui les change.

Et toi. Mon mari. Mon amour.
Comment ne pas aimer ce temps qui passe et qui nous ancre si solidement l'un à l'autre?

On nous dit que la flamme s'éteint avec le temps...
C'est vrai, qu'elle a parfois vacillé, s'est faite plus petite, plus fragile, mais elle ne s'éteint pas.
Elle brûle et nous consume. Et c'est de plus en plus fort. De plus en plus intense.
Je me souviens, à nos débuts, nous ne supportions pas les autres, parce qu'ils nous séparaient l'un de l'autre, ils se situaient entre toi et moi, or, en dehors de nous, le monde n'existait plus..
Maintenant, le monde est toujours là, les autres sont toujours entre toi et moi.
Maintenant, nous avons su étendre notre amour à ces autres.
A travers eux, nous continuons de nous aimer.
Notre amour a fortifié notre capacité à aimer le monde.
Je peux les aimer, parce que je t'aime, toi qui m'aimes tellement.
Tu peux les aimer, parce que tu m'aimes, moi qui t'aime tellement.
Notre amour a changé.
Notre amour nous change
Notre amour nous embrase,
Notre amour nous apaise,
Notre amour nous ouvre aux autres.
Un amour heureux, n'est pas qu'un bonheur infini.
Un amour heureux transcende et pousse à l'altruisme.
Il est la source première qui déborde et nourrit.

Se souvenir des moments heureux, c'est aussi se souvenir d'eux, de ma famille, de mes amis.
Et de toutes ces personnes avec qui j'ai noué des liens lumineux.
Merci à vous.

Merci à cette aube nouvelle
Qui chaque jour se renouvelle
Et n'est jamais la même.

Oui, je m'émerveille de la Vie.

Mais après tout, c'est mon anniversaire aujourd'hui :)

Illustration: "Matinée sur la Seine", Claude Monet, lui aussi né un 14 Novembre... 1840. 
Contempler ses oeuvres, c'est se fondre dans la beauté du monde..

mardi 11 novembre 2014

NOS LARMES




Nous produisons des larmes en continu, car les larmes produites permettent l'oxygénation et la protection de la cornée.
Elles évitent que nos yeux se dessèchent.

Mais pour que nos larmes débordent, il faut une activation de la production de larmes par un stimulus.
Si le système nerveux détecte un danger au niveau de la cornée tel qu'un contact avec un objet ou un acide (quand on épluche un oignon par exemple...), nous allons pleurer.

Mais ce qui nous intéresse, c'est le fait que nos larmes peuvent révéler notre état émotionnel.  Comme le désespoir, la tristesse, mais aussi  la joie, la rage…

Pourquoi pleurer quand nous sommes envahis par une émotion?

Pleurer serait un acte réflexe qui soulagerait les tensions psychiques fortes, telles que l'anxiété, l'angoisse, la peur, la tristesse, ou un trop-plein de tension positive: la joie, le bonheur.

Les larmes auraient  un rôle de protecteur psychique.

La composition des larmes évacuées à la suite d’une émotion serait très différente des larmes créées en permanence ou des larmes-réflexes. Les pleurs d’émotion contiendraient en effet plus de protéines, d’hormones, dont la prolactine mais aussi la leucine encéphalique qui agit sur la douleur. Le message nerveux qui provoque les larmes entraînerait également la production d’antalgiques naturels (d’origine non médicamenteuse). On retrouve également dans ce type de larmes les molécules responsables du stress ou des toxines apparues sous l’effet du stress.
Pleurer aurait donc un effet catharsis, qui nous permettrait d'évacuer un trop plein émotionnel et consécutivement, nous apaiserait ( en particulier pour les émotions de tristesse et de colère)

Les larmes seraient également un des moyens de communication non verbale dont dispose l'être humain quand il ne parle pas, ou a des difficultés à s'exprimer , notamment chez les bébés, les enfants ou les personnes âgées.

Les larmes d'émotion d'un individu pourraient ainsi contenir un signal chimique volatil dont la perception par un autre individu, par le biais des récepteurs de l'olfaction, serait à l'origine d'un effet sur son état d'esprit. Mais c'est une piste qui demeure encore en cours d'investigation.

La particularité des larmes d'émotion reste largement inexplorées et les effets de catharsis ou relaxant des larmes qu'avancent certaines thèses restent à confirmer.

Mais quel sujet passionnant!
Quelle chance, de pouvoir "sortir" un peu nos émotions de nous-même.
Quel merveilleux cadeau!
Comme les flocons de neige ou les empreintes digitales, chacune de nos larmes seraient uniques.


Une photographe du nom de Rose-Lynn Fisher se serait posée un jour la question :
Est-ce que les larmes de tristesse ressemblent aux larmes de bonheur ?

Pour le savoir, elle a alors entrepris de les observer à l'aide d'un microscope...
Elle a étudié plus de 100 différents échantillons de larmes, et elle s'est rendu compte que les larmes de bonheur sont très différentes des larmes de douleur, ou encore des larmes provoquées par le découpage d'un oignon. Celles qui nous viennent lorsque l'on rit intensément n'ont rien à voir avec les larmes de chagrin.

Chaque larme porterait en elle tout un microcosme de sentiments et d'émotions humaines.
Figures géométriques, courbes, arabesques, le microscope lui permettrait d'immortaliser les émotions au degré de l'infiniment petit.
Voici quelques images de son projet intitulé « Topographie des larmes ».

Finalement, nos larmes seraient un de nos outils de régulation émotionnelle naturel.
Alors, n'ayons pas de réticence à pleurer.
Pleurer est sain.
Pleurer soulage, apaise, répare quelque chose en nous.
Pleurer est une richesse intime et un cadeau que nous pouvons offrir à la vie, dans une juste expression, et une expression juste de notre subjectivité.
Et encore une fois, cette question d'équilibre qui revient en fil rouge...

Petit rajout (un peu angoissant, d'où mon hésitation première...): 


Au cours d'un dîner avec ma soeur, infirmière, je l'interroge sur la mort à l'hôpital. 
Nous serions amenés à mourir plus vraisemblablement à l'hôpital que chez nous... ( statistiquement démontré)
Son constat: Nous mourons seuls.
Et à chaque fois, elle a remarqué une larme glisser le long de la joue des mourants...
Ce serait même devenu le signe entre elles ( les infirmières), indiquant que la personne ne "passera" pas la journée...
Solitude et larme.
Voilà ce à quoi nous pouvons peut-être nous attendre... 
Pour nos derniers instants.
Pas une larme de lucidité, car en général, les patients sont sous sédatifs. 
Mais une larme tout de même.
Une dernière larme de vie, un peu à notre insu. 
Une larme qui nous accompagne jusqu'aux portes de notre mort... Puis dans les yeux de ceux qui nous ont aimé...
Et la vie donne une place à tout ça.
Peut-être qu'avec cette larme, nous ne sommes plus si seuls... 
Qui sait ce qui la déclenche... Qui sait quel est son rôle... Apaiser? Communiquer? Protéger?
Ce serait intéressant de la recueillir cette dernière larme et de la contempler sous un microscope, vous ne trouvez pas?
Peut-être y trouverions nous des traces... d'espoir?


 illustration: "Crying girl", Roy Lichtenstein 1964.

vendredi 7 novembre 2014

TISSU



Il pleut ce matin. Paix en moi-même.
Je contemple ces perles d'eau sur les branches dépouillées.
On ne profite plus de la lumière du ciel, mais bien celle de l'eau.
J'ai envie de vous raconter une petite histoire...

Je ne sais pas négocier.
C'est un fait.
Je ne sais pas discuter un prix pendant des heures, jusqu'à obtenir gain de cause.
Tout d'abord, je n'ai pas appris. En France, on paie le prix affiché et puis voilà.
Enfant, je ne voyageais pas dans le monde.
Ensuite, ça ne m'intéresse pas.
Estimer la valeur des choses est une notion trop subjective pour moi.
Soit j'en ai besoin, soit je n'en ai pas besoin.

Alors quand je me suis retrouvée dans un marché cambodgien il y a quelques années, mon mari a pris les choses en main.
Pour des bibelots, il a discuté avec la vendeuse qui au fur et à mesure des échanges s'assombrissait....
Pendant ce temps, j'observais. Le marché, ses odeurs, son brouhaha, ses gens...
Et à un moment donné, j'ai remarqué une vieille dame, assise par terre. Tellement maigre et petite, tellement repliée sur elle que peu de personnes la voyait. Elle vendait du tissu. Pas de belles couleurs, de belles matières comme sur les étales pour les touristes... Non... Des tissus simples et un peu ternes.
Pourquoi je me suis approchée, je ne sais pas... Mais parfois, on agit spontanément, n'est ce pas. Et heureusement, j'ai envie de dire. Tout n'est pas raisonné, tout n'est pas prévu, calculé.
Je me suis approchée et je lui ai demandé combien. Bien sûr, elle ne parlait que le cambodgien... Un autre vendeur s'est approché et a traduit. Elle a dit un prix, et je crois que le vendeur a discuté avec elle parce qu'il n'était pas d'accord avec son prix. Il m'a dit un prix. Un prix qui devait en valoir dix fois plus à n'en pas douter... Je ne sais peut-être pas négocier, mais je ne suis pas si naïve...
Je suis allée chercher mon mari qui avait notre argent. Au début, il était tout content, parce qu'enfin, quelque chose m'intéressait dans ce marché et il allait pouvoir me faire plaisir... Mais quand il a vu le tissu, la vieille dame et que le vendeur a répété le prix, il a froncé les sourcils. Il venait de faire une très bonne affaire et j'allais lui faire perdre l'argent gagné pour un bout de chiffon que je n'utiliserais même pas et qui ne valait pas le centième du prix !!!
Il avait raison. Bien sûr.
Mais, je lui ai pris le portefeuille, j'ai sorti les billets et je les ai donné à la dame.
Elle a ouvert des yeux tout rond, et elle s'est mise à pleurer, pleurer... Dans sa langue, je crois qu'elle m'a remerciée et dit des mots gentils, le vendeur aussi n'y croyait pas et s'est mis à pleurer et à me remercier, il m'a fait comprendre qu'elle était très pauvre...J'ai eu du mal à partir, parce qu'elle ne me lâchait pas la main. Son regard brillait tellement. Nous nous sommes souries, heureuses.
Mon mari a grommelé et a décrété que décidément je ne savais pas négocier.
C'est vrai. Je ne sais pas négocier.

Ce bout de tissu, je l'ai toujours. Il ne vieillit pas.
Je l'étends l'été sur l'herbe du jardin et mes enfants s'allongent et jouent dessus pendant des heures.
J'aime le toucher, et repenser à cette vieille dame, car dans mon coeur alors, je sens de nouveau ce que j'ai ressenti ce jour là... Un amour profond pour cette femme dont la lumière intérieure m'a attirée comme un aimant.
Il existe des liens qui se nouent à notre insu, dans une étrange et merveilleuse bienveillance.

Je sais que cette histoire a toutes les apparences d'une bonne action, d'un acte de générosité.
Mais ce jour là, je n'ai pas donné, j'ai acheté.
J'ai estimée la valeur de ce tissu et je ne me suis pas trompée. Il est précieux.
Car il me lie pour toujours à elle.
Qui en est ressortie enrichie?

Il pleut ce matin, et je vois le ciel se faire plus petit...
La nature  quand à elle resplendit.
Je pense à elle. Je pense à vous.
Et le vent fait onduler tous ces petits brins d'herbe...


mercredi 5 novembre 2014

TAPER


Lorsque j'ai commencé à travailler dans le secteur de la protection de l'enfance, et donc à rencontrer des enfants maltraités, je me souviens de ma totale incompréhension concernant la violence physique.
J'ai appris à distinguer, à repérer les traces de coups, avec ou sans objet, de strangulation, de secousses. Toutes ces traces qui pouvaient légitimer la parole de l'enfant et protéger la victime.
En moi-même, je me répétais: "Comment? Comment peut-on faire cela à un enfant?"
Et oui, c'est vrai, je ne comprenais pas.
Et par la même, je me démarquais totalement de ces parents maltraitants.
Je dis parents, je pourrais dire famille, mais à vrai dire, en dehors du cercle familial, les statistiques de cas de maltraitances physiques chutent.
Nouvelle réalité, difficile à accepter: comment des parents, des membres de la famille, des personnes qui connaissent l'enfant, et qui sont donc censées l'aimer, peuvent elles en arriver à le frapper, le battre, voir le torturer??
Qui la famille protège-t'elle véritablement ? L'enfant?
C'est effectivement un des devoirs de la famille.
Mais lorsque cela n'est pas le cas?
La société.
La loi?
En France, aucune loi n'interdit de taper son enfant. 
23 des 27 pays de l'Union Européenne ont interdit juridiquement toute forme de châtiment corporel sur les enfants.
Pas la France.

Je me souviens d'un certain colloque à Caen, il y a quelques années, regroupant les infrastructures de la protection de l'enfance et celles des violences conjugales. J'étais chargée de parler de la violence faîte aux enfants témoins de ces violences conjugales et de la nécessité de les protéger.
A la gare de Caen, en sortant, je m'étais retrouvée face à un couple sortant d'un café, et l'homme a commencé à frapper sa compagne. J'étais choquée. Mais très vite, des inconnus sont intervenus pour maitriser l'individu. Je suis restée témoin impuissante. Et en moi-même, ce terrible constat: si cela avait été un père et son enfant et si l'homme avait commencé à frapper son enfant comme cette femme venait d'être frappée, y aurait -il eu des gens pour s'interposer?
Je ne le crois pas... Au nom de la "sacro sainte" atteinte à la vie privée et parce que nous avons une jurisprudence qui admet le "droit de correction" des enfants au sein de la famille...

Lorsque j'ai commencé à travailler dans le secteur de la protection de l'enfance, je me suis promis en moi-même, que JAMAIS, je ne frapperai mes enfants. 

Et puis, je suis devenue mère. 
Et là, j'ai commencé à comprendre.

Premièrement, j'ai compris que cette violence, cette potentialité violente existe en nous-même.
Et que son expression dépend d'un apprentissage transgénérationnel.
Si enfant, on a été tapé, il nous sera plus difficile de ne pas taper à notre tour.

Deuxièmement, j'ai compris que l'investissement affectif parental est fondamentalement ambivalent.
On aime nos enfants. ça c'est facile à comprendre.
Mais on hait aussi nos enfants. Plus difficile à admettre, n'est ce pas.
Parfois, de manière fugitive, contextuelle, mais pour certains de manière plus intense.
Parce qu'ils nous ramènent à nos pulsions destructrices.
Parce qu'ils nous confrontent à nos failles, nos bassesses, nos défauts.
Cette haine, fait partie du bagage transgénérationnel et selon ce que nos parents, nos grand parents en auront fait, elle sera plus ou moins bien maîtrisée.
Si enfant, on a été haï, les conséquences de cette haine nous auront fragilisés et il peut être plus difficile de la tolérer en nous-même et par la même d'en maîtriser les expressions.

En plus de ces deux constats, j'ai compris qu'il existait aussi un contexte environnemental de la violence. 
La succession, voir l’accumulation de difficultés, de petits ou/et gros "tracas"peuvent entraîner des passages à l'acte violents.
Ainsi:  
- Des situations de précarité, de pauvreté, de délinquance,
- Des situations de tensions voir de violence professionnelle, communautaire, conjugale
- La souffrance physique, psychique chronique, le mal être, l'isolement, la fatigue prolongée, le stress répété.
Et ce qu'on reconnait moins:

- Les pressions de la famille, de l'entourage, parfois même de l'école pour accueillir des enfants cadrés, adaptés, compliants, pour ne pas dire "bien éduqués", "sages", "calmes"

- La banalisation de ces petits gestes de violences domestiques, l'hypocrisie des spécialistes de l'enfance qui, bien sûr n'encourageront pas ouvertement à taper, mais qui feront comprendre la nécessité d'une "autorité" sans éclaircir ce que ce terme englobe pour eux.
"Non! Pas le martinet... Mais enfin, si vous en venez à donner la fessée... "(Sous-entendu: vous pouvez donner la fessée)

Je l'admets moi-même : Il m'est arrivé de taper sur mes enfants.
Malgré mes convictions
Toujours sous le coup de l'émotion.
Toujours dans le cadre de débordement
Toujours seule avec eux

J'ai beau savoir d'où ça vient, avoir travaillé dessus
J'ai beau être convaincue que c'est destructeur et inutile
J'ai beau en parler, l'admettre, réparer, et me remettre en question

Je ne peux pas garantir à mes enfants que je ne recommencerais jamais plus.

Mais j'y travaille. Jour après jour.
Pour mes enfants, "maman et papa ne tapent pas"
Et c'est vrai, dans la globalité.
Mais c'est arrivé.
Et c'est parfois un effort extrême pour moi de ne pas le faire.

Alors, oui je comprends un peu mieux les parents maltraitants, à quel point ça peut être difficile d'élever ses enfants, à quel point on se sent seul et livré à soi-même...

Pourquoi est ce que je lutte contre cette tendance?

- Parce qu'il ne me viendrait pas à l'esprit de frapper mon chef ou mon mari parce qu'ils m'ont énervés... Alors pourquoi mes enfants? Eux, en apprentissage de la vie sociale!

- Parce que je ne peux pas affirmer être pacifiste, contre la guerre, pour la non violence en général, répéter à mes enfants qu'il ne faut pas taper ni les adultes, ni les petits camarades, ni les animaux et moi, de mon côté, les taper...

- Parce que je suis persuadée qu'en réussissant à les éduquer sans avoir recours à la violence physique, je leur fournis des outils pour maîtriser, une fois adulte, leurs  propres pulsions destructrices et je les aide à être meilleurs que moi.

Y penser, me motive.
Et comme pour les cris: moins on crie, et moins on va spontanément hausser la voix.
Moins on émet de gestes violents et moins on va céder au passage à l'acte dans les situations de crise.

Alors courage!
Courage à tous ceux qui ont décidé de sortir de cette "méthode" éducative douteuse, mais pour qui ce n'est pas évident au quotidien.
Si vous échouez, et bien, vous réparez ( reconnaître son tort et s'excuser) et vous réapprenez à ne plus avoir de geste violent.

Mais il me semble que la mise en place de lois aiderait les parents à abandonner définitivement cette "méthode" éducative. Aiderait les parents à ne plus avoir recours au châtiment corporel, parce que la loi le dit: c'est interdit.
Ce n'est qu'une question de temps.

En attendant les phrases du style: " une fessée n'a jamais tué personne, regarde, toi, tu ne t'en portes pas plus mal" "Une tape sur les mains n'est pas taper", " il faut bien que les enfants obéissent", continuent de fuser et je ne cesse de me demander:

Quelle place accordons-nous aux enfants dans notre société??
Celle de sujet ou celle d'objet?

La loi interdit de frapper un adulte
La loi interdit de frapper un animal

Mais les enfants, eux, peuvent continuer à être frappés...
Est ce juste? 
Pouvons-nous continuer à nous mentir et à le tolérer?

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